Foi d'Apple, Siri n'a pas dit son dernier mot

Publié le 11/05/2018 à 06:30

Foi d'Apple, Siri n'a pas dit son dernier mot

Publié le 11/05/2018 à 06:30

Apple, on le sait, est assise sur une tonne d’argent. D’un trimestre à l’autre, il y a toujours un analyste pour se laisser tenter au jeu des prédictions ou des suggestions, estimant qu’Apple devrait acheter telle compagnie, lancer tel nouveau produit, investir tel marché émergent.


On n’a qu’à se rappeler les belles années de Gene Munster chez Piper Jaffray, il y a dix ans, qui promettait d’un instant à l’autre la venue d’un téléviseur connecté, 3D, 4K, 55 pouces, 6 ports HDMI, 7 télécommandes… Alouette!


Du côté des assistants numériques, Apple, on le sent, veut adopter la même stratégie qui a fait son succès dans d’autres marchés (tousse… iPhone… tousse) : attendre que la sauce prenne, puis débouler avec son propre écosystème. Sauf que les morceaux sont déjà en place : Siri est la première de son genre à avoir été mise en marché sur un mobile, en 2011. Puis l’année dernière, le HomePod, une enceinte connectée signée Apple a vu le jour.


Alors qu’avait lieu, plus tôt cette semaine, la conférence Google IO à San Francisco, on pensait qu’Apple allait lancer un pavé dans la mare, au Canada du moins, en annonçant la mise en vente chez nous de cet HomePod exclusif aux États-Unis.


L’Assistant Google fait jaser depuis le début de la semaine, grâce à sa nouvelle fonction appelée Duplex, lui octroyant l’étonnante capacité d’appeler des commerces pour prendre des rendez-vous ou passer des commandes à notre place. On doute que cette capacité aille au-delà de la langue de Shakespeare. On a aussi des questions sur la gestion des données liées à la vie privée, dans toute cette opération.


Dans ce contexte, déployer le HomePod à l’international, avec, en sous-texte, une insistance sur la façon dont Apple et Siri s’arrangent pour ne pas que les données plus ou moins confidentielles de leurs clients ne tombent pas dans les mains de personnes mal intentionnées, ça aurait fait un contrepoids intéressant dans les médias spécialisés.


Mais ce n’est pas ce qui s’est produit.


«Des données sécurisées de bout en bout»


Il y a quelque chose qui cloche, à propos du HomePod, et on ne sait pas c’est quoi. L’enceinte connectée a été introduite en retard aux États-Unis, et depuis, ses ventes ne lèvent tout simplement pas.


Ça n’empêche pas Apple de parler de Siri, une voix qui de toute façon se fait entendre sur tous ses autres appareils, comme d’un assistant conçu à la fois pour les gens actifs (lire : qui sont à l’extérieur de la maison) et les plus sédentaires (à la maison).


Cupertino concède que son écosystème d’appareils connectés pour la maison n’est peut-être pas aussi garni que celui de ses rivaux californiens, mais ajoute du même souffle que c’est moins la quantité, qui compte (combien de marques d’ampoules connectées doit-il exister pour qu’on en achète une?), que la qualité.


À ce jeu, ses gens sont sans équivoque : apposer une étiquette sur la boîte d’une prise de courant, d’un interrupteur ou même d’une caméra WiFi pour la maison qui indique que ce produit «est compatible avec HomeKit», le logiciel qui fait le pont entre Siri et ces appareils, c’est garantir un niveau de sécurité et de performance que ne les autres ne garantissent pas.


Ainsi, plutôt que de passer par un serveur distant, les communications entre votre maison connectée et vous sont cryptées, puis transmises exclusivement vers vos appareils Apple. Ça explique la nécessité d’avoir un Apple TV, un iPad ou un HomePod qui reste à la maison en tout temps si on souhaite interagir avec sa maison connectée à partir de l’extérieur.


Même dans le cas d’une caméra de sécurité, si elle est certifiée pleinement sécuritaire par Apple, c’est que son signal vidéo est chiffré et sécurisé. Pas sûr que ce soit applicable à toutes les caméras bon marché compatibles avec Alexa vendues sur Amazon…


Siri, poids lourd des assistants numériques?


Il n’y a pas si longtemps encore, Apple expliquait avoir revu la façon dont Siri fonctionne afin d’assurer une expérience égale d’un appareil à l’autre, pour le même utilisateur. Des données d’utilisation sont donc hébergées sur iCloud, accessibles de façon anonyme par Apple, afin d’améliorer la façon dont Siri interagit avec les propriétaires d’un iPhone, d’un iPad, d’un Mac et même d’une Apple TV.


Ce n’est rien de bien différent de ce que font déjà Amazon, Google et Microsoft. À l’exception près, peut-être, que ces données ne sont pas partagées directement avec des tiers. Les développeurs d’applications qui souhaitent ajouter Siri à leur palette d’interfaces doivent se conformer à une façon de faire différente des autres, ce qui explique sans doute une partie du retard pris dans son adoption par ces mêmes développeurs.


Pourtant, Siri est probablement la plateforme vocale la plus répandue de ce côté-ci de Xi’an (la ville chinoise au bout de la route de la soie, à une autre époque). Après tout, elle se trouve sur 500 millions de produits Apple déjà en circulation, activée par défaut (contrairement à l’Assistant Google). Apple ajoute qu’elle répond mensuellement à plus de 2 milliards de demandes en tout genre, et ce, dans 21 langues.


Apple promet aux développeurs qu’elle fera le gros de l’effort pour s’assurer que ces 21 langues sont compatibles avec leurs appareils connectés, ce qu’on ne peut pas dire de Google ni d’Amazon.


Bref, ce n’est pas le potentiel qui manque. C’est seulement l’effet «wow».


Peut-être que l’Assistant Google devrait lui lâcher un coup de fil…


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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