Alors c'est quoi, une bonne assurance vie?

Publié le 03/06/2016 à 08:45

Alors c'est quoi, une bonne assurance vie?

Publié le 03/06/2016 à 08:45

Ce dernier jeudi de mai était splendide, vous ne trouvez pas? Comme la moitié de mes collègues, vous étiez peut-être à C2 Mtl à réseauter dans un cadre glamour. Bien moi, j’étais dans une salle sans fenêtre dans un motel de Laval en compagnie d’une soixantaine de comptables, de fiscalistes et d’avocats. Oui.


Et qu’est-ce que je faisais là, vous croyez? Je barbotais dans les concepts d’assurance vie et de fiscalité. J’ai assisté en effet à une formation de sept heures sur le sujet. Vous savez, rien ne me fait peur lorsqu’il s’agit d’acquérir de nouvelles connaissances pour votre bénéfice. Si j’ai eu du plaisir? Ma foi, oui. Le formateur était excellent et drôle par moment. Et je ne fais pas de blague (non, maman, je n’ai pas reçu de coup sur la tête, ne t’inquiète pas).


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J’en connaissais déjà un bout sur le sujet. On a traité la question plus d’une fois dans Les Affaires Plus, le magazine que je dirige depuis 2003. Mais cette journée m’a permis de visiter des recoins inexplorés de cet univers à première vue rébarbatif.


Ça n’a pas fait de moi un conseiller en sécurité financière (le titre qui permet de vendre de l’assurance de personne). Comment devrait s’assurer un entrepreneur, avec des antécédents de cancer, qui a eu des enfants de deux mariages différents et qui a signé une convention d’actionnaires avec deux partenaires? Fouille-moi! Par contre, je sais reconnaître une grosse bêtise quand quelqu’un en dit une sur le sujet.


Et il s’en est dit à la suite de la publication de ma chronique sur l’assurance baloney. Sur Facebook, une soi-disant conseillère d’une grande institution financière a affirmé, en employant des mots eucharistiques, que ce n’était pas bien de décrier l’assurance crédit (du gros baloney) et que ce type d’assurance pouvait être utile pour certains clients.


Je lui ai demandé qui donc pouvait bénéficier de ce produit en lui envoyant un message privé et poli.


Pas de nouvelles.


C’est qu’elle cherche probablement encore à qui ça peut convenir. La réponse? À personne! Et c’est là que j’ai constaté la limite de ma comparaison avec le baloney. Cette charcuterie, aussi bas de gamme soit-elle, me rappelle mon enfance. J’ai de bons sentiments pour le baloney, lequel, rappelons-le, peut sauver la vie d’une personne qui n’a rien d’autre à manger.


On ne peut pas en dire autant de l’assurance vie sur les soldes de prêt.


Bref, comme mes vendredis semblent maintenant dévolus au repentir, j’aimerais présenter ici mes excuses au baloney.


***


«Bien amusant ton texte Germain, mais plutôt que de nous présenter un mauvais produit, pourquoi ne nous parles-tu pas d’une bonne assurance? Qu’est-ce que ça nous prend?» C’est ainsi que m’a interpellé un lecteur.


Dans le cadre d’une chronique qui s’adresse à un public hétéroclite, il est plus prudent de mettre en garde les gens contre un produit qui ne convient à personne. Pour les produits d’assurance (vie, invalidité, maladie grave) les mieux adaptés à votre situation, il faut une analyse des besoins.


Cela dit, rappelons tout de même un grand principe: pour la très vaste majorité, l’assurance sert à remplacer une perte de revenu. L’assurance vie comble la perte engendrée par votre hypothétique décès précoce et sert à maintenir le niveau de vie de votre famille après votre départ. Pas de famille, ni d’enfant? Vous pouvez rejoindre l’au-delà tranquille et sans assurance, vous n’en avez pas besoin. L’assurance invalidité sert quant à elle à combler une perte de revenu si vous n’étiez plus en mesure de travailler. Tout le monde en a besoin, sauf peut-être les personnes indépendantes financièrement.


Ceux qui ont des besoins d’assurance vie seront bien servis avec l’assurance temporaire. On parle ici de contrat qui vous protège durant une période limitée. Aspect important: les primes sont abordables. Dans le jargon, on parle de T10, T20, etc. pour «temporaire 10 ans» et «temporaire 20 ans». Pourquoi? Les besoins évoluent. Le montant assurable baisse généralement avec le temps. Puis vient un moment où on n’en plus besoin, quand la famille peut se débrouiller sans nous. Voilà pour le grand principe. Mais je le répète, la situation de chacun est différente.


Voilà ce que je répondais à mon sympathique et curieux lecteur. C’est alors que, de nulle part, est intervenue une lectrice qui a plaidé pour une assurance permanente «pour payer les frais funéraires et les impôts». Erreur classique. En général, les gens n’ont pas besoin d’assurance pour ça. S’ils ont à payer des impôts, c’est qu’ils ont des actifs (maison, épargne enregistrée, chalet). La succession n’a qu’à disposer de ceux-ci pour payer le fisc, les frais funéraires et le buffet, et elle se partagera le reste. 


L’assurance permanente coûte nettement plus cher que l'assurance temporaire et le contrat reste en vigueur aussi longtemps qu’on paie les primes. Avec une telle assurance, il est certain que l’assurance va finir par payer. Cet argent profitera surtout à des héritiers. Si on se paie une telle assurance, c’est qu’on désire léguer une somme importante en héritage. Le produit s’inscrit donc dans une stratégie successorale. Il ne s'agit plus d'une simple protection contre le risque d'une perte de revenu. 


Rappelons que pour 80 % des gens au moins (je suis prudent, c’est certainement plus), la planification successorale n'est pas une préoccupation. Ils doivent surtout planifier la retraite. Autrement dit, il est plus important d’épargner en vue de ses vieux jours plutôt que de payer de grosses primes d'assurance pour enrichir les héritiers.


En d'autres mots, l’assurance permanente s’adresse à une petite minorité de gens... avec beaucoup d'argent.



 

À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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