La montée des taux d'intérêt favorisera-t-elle la rente au profit du FERR ?

Publié le 20/04/2018 à 06:00

La montée des taux d'intérêt favorisera-t-elle la rente au profit du FERR ?

Publié le 20/04/2018 à 06:00

Lentement mais sûrement, le taux directeur de la Banque du Canada semble vouloir monter. Le 18 avril, rien ne s’est passé, mais on se doute que ce soit partie remise. Pour les retraités, la rente viagère en profitera-t-elle ?


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J’ai souvent dit et écrit que la rente viagère est un merveilleux véhicule pour les retraités qui ont peur de manquer d’argent. En fait, c’est le meilleur… Bien que le revenu tiré d’une rente puisse paraître petit par rapport au capital investi, il faut être conscient du fait que ce revenu sera versé pendant toute la vie du rentier, peu importe son âge. Cela peut représenter beaucoup d’argent.


Par exemple, si une rente viagère indexée verse 5 000 $ de revenu pour chaque 100 000 $ de capital investi, c’est comme si elle rapportait un taux de rendement de 2,5 % par année pour le rentier, s’il vit pendant 20 ans. C’est peu.


C’est inférieur à un FERR qui verserait 10 % de plus, soit près de 5 500 $ pendant la même période si le taux de rendement est de 3,5 % par année.


Mais combien faudrait-il que le FERR réalise de rendement pour qu’il ne s’épuise qu’après 25 ans avec 5 000 $ de retrait par année ?


4,28 %.


Le fait d’ajouter 5 ans de décaissement ajoute 1,78 % de rendement nécessaire. Lorsque les personnes arrivent à un âge avancé, il est impossible de réaliser ce niveau de rendement sans prendre de risque. À 2,5 %, c’est possible dans le contexte actuel, mais à 4,28 %, ça ne l’est plus.


Et sur 30 ans, 35 ans, qu’en est-il ?


5,31 % et 5,95 % respectivement.


Ces rendements excèdent les rendements de profils « audacieux » des normes de l’Institut québécois de planification financière. Vos parents et grands-parents ont-ils ce profil ?


Non.


Les personnes âgées ont un profil d’investisseur généralement très prudent. Alors, pourquoi ne pas opter pour une rente viagère ? De cette façon, un décès à un âge « normal », comme l’espérance de vie, rapportera plus que l’équivalent des dépôts garantis. Et à chaque année de survie au-delà de ce point, le rendement équivalent croît.


Cela dit, si les taux d’intérêt augmentent, les conseillers en placement conseilleront-ils davantage à leurs clients des rentes viagères ?


J’en doute parce que la compréhension de ce que je viens d’expliquer n’est pas très ancrée dans l’industrie des services financiers. Au cours des dernières années, les taux d’intérêt sont demeurés faibles. Plusieurs conseillers ont dit à leurs clients d’attendre que les taux augmentent avant de souscrire à une rente viagère. J’ai bien hâte de voir s’ils passeront à l’action.


C’est assez particulier. Ce qui compte, c’est la différence de rendement qu’une personne peut faire par rapport à une alternative. Si les taux d’intérêt montent, ce sera en vue de ralentir l’économie. Les rendements boursiers étant étroitement liés à l’économie (étant des précurseurs), ils seront eux aussi plus élevés. Par conséquent, même si les taux d’intérêt sont plus élevés que les taux actuels, dans un futur plus ou moins lointain, ils afficheront le même retard sur les marchés boursiers.


Lorsqu’on fera de la planification de retraite, toutes les hypothèses de rendement pourraient, par exemple, être 1 % plus élevées que les hypothèses actuelles. On aura ainsi encore l’illusion que les taux d’intérêt sont faibles quand on les comparera.


La Banque du Canada, qui a le contrôle sur les taux d’intérêt du marché en faisant varier son taux directeur, vise à maintenir l’inflation autour de 2 % par année. Si cette dernière monte à plus de 3 %, les taux vont grimper jusqu’à ce que l’inflation diminue dans la fourchette cible de 1 % à 3 %.


Il serait étonnant, à cause de cette préoccupation, que l’on revive des taux d’intérêt comme ceux du début des années 1980. Si jamais ça arrivait, il est certain que les rentes viagères se vendraient « comme de petits pains chauds ». Biens des retraités ont fait un bon coup à cette époque. Ce sont les assureurs qui écopent. Je devrais dire « qui ont écopé » car la plupart des retraités de 1983 sont décédés…


Peut-être devrait-on jouer à Ouija pour leur demander si on va revivre cette situation.


Donc, finalement, avec le genre de hausse de taux qu’on prévoit, les rentes se vendront-elles plus ?


Pas sûr…


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À propos de ce blogue

Dany Provost possède une formation multidisciplinaire lui permettant d'avoir une vue d'ensemble d'une situation financière. Combinant l'actuariat, la fiscalité, le placement et une grande maîtrise de l'environnement Excel, son expertise lui a permis de développer plusieurs outils de modélisation complexes, notamment en optimisation fiscale. En plus d’être associé dans les cabinets Planium et Avanco, il est directeur planification financière et optimisation fiscale chez SFL Expertise. Il est l’auteur du best-seller Arrêtez de planifier votre retraite, planifiez votre plaisir et est un collaborateur régulier dans les médias en plus d’être chroniqueur en fiscalité dans le journal Finance et Investissement, une publication de TC Media.

Dany Provost