Bourses: que révèle le pouls des pros à la rentrée?

Publié le 12/09/2017 à 20:45

Bourses: que révèle le pouls des pros à la rentrée?

Publié le 12/09/2017 à 20:45

Le pouls des pros que mène Bank of America Merrill Lynch tous les mois est un bon miroir du consensus des gestionnaires de portefeuille de la planète.


Le sondage de 214 portefeuillistes révèle surtout comment ils sont positionnés à court terme.


Sans dire que le consensus peut servir de signal contraire, on peut tout au moins y détecter ce qui pourrait surprendre les pros dans les prochains mois.


Sain scepticisme


En pleine rentrée boursière, du 1er au 5 septembre, les pros avaient encore une encaisse, de 4,8%, plus élevée que la moyenne des 10 dernières années.


Cette «police d’assurance» fait en sorte que le mouvement haussier peut encore durer, malgré les nouveaux sommets pour les indices, croit Michael Hartnett, stratège en chef de la banque.


Cette encaisse protège en effet les portefeuilles d’un éventuel recul, tout en donnant des munitions à ceux qui veulent racheter dans le prochain mouvement baissier.


En même temps, le degré de conviction est faible puisque le nombre de pros qui se sont protégés d’une baisse des cours, à l’aide de produits dérivés, a bondi le plus en 14 mois.


Seulement le quart des gestionnaires n’ont pas acheté de «protection» pour leurs actions.


Le moins d’actions américaines en 10 ans


Les gestionnaires du monde tournent encore le dos aux actions américaines ce mois-ci en bonne partie en raison de la chute de 11% du dollar américain, depuis le début de l’année.


La proportion d’entre eux qui consacrent moins de place aux actions américaines qu’une répartition neutre est la plus élevée en dix ans, soit 28%.


Les actions européennes ont encore la cote. Quelque 54% des pros accordent aux marchés européens une place supérieure à leur répartition neutre, un peu moins d’un mois plus tôt.


La préférence pour les actions européennes par rapport à leurs cousines américaines est la plus prononcée, depuis avril 2007.


Les marchés émergents gagnent des partisans. Presque la moitié des gestionnaires leur consacrent une part supérieure à leur répartition neutre par rapport à 39% un mois plus tôt.


Il s’agit de la plus forte proportion depuis 2010.


Là encore, cette préférence est la plus élevée depuis 2007, par rapport à la Bourse américaine.


Les investisseurs professionnels préfèrent toujours les actions aux obligations bien sûr, mais leur surpondération est la moins élevée depuis décembre 2016.


Les obligations sont encore en défaveur, étant donné la tentative de remontée des taux par les banques centrales, mais elles sont un peu moins impopulaires qu’avant.



« Il n’y a aucun signe d’euphorie pour les Bourses dans ces données, note M. Hartnett. »


En d’autres mots, le scepticisme domine encore malgré le bond de 11% du S&P 500 et de 20% du Nasdaq, cette année, ce qui est parfois un signal à contre-courant.


Espoirs d’une baisse des impôts aux États-Unis


Au retour des vacances, les gestionnaires ont aussi diminué leurs attentes envers la cadence de l’économie et donc les probabilités d’une hausse prononcée des taux obligataires.


Seulement le quart des répondants prévoient que l’économie mondiale gagnera en vigueur contre une proportion de 62% un mois plus tôt. C’est le plus faible pourcentage depuis octobre 2016.


Et à peine 5% des pros sondés tablent sur une remontée en force des taux, contre une proportion de 26% après les élections de novembre 2016.


Une réforme des impôts aux États-Unis serait le principal catalyste susceptible d’accentuer la courbe des taux (une hausse plus prononcée des taux à long terme qu’à court terme), une condition nécessaire au prolongement de la hausse de la Bourse américaine, explique le stratège.


Par contre, la confiance envers les futurs profits est plus solide que celle envers l’économie puisque le tiers des répondants prévoient une amélioration des bénéfices des entreprises.


Équilibre sectoriel


Puisque les gestionnaires sont presque également partagés entre le scénario optimiste Goldilocks et le scénario pessimiste de «stagnation structurelle», le portrait sectoriel est assez équilibré.


Goldilocks qui réfère au gruau ni trop chaud ni trop froid du conte «Boucle d’or» représente la combinaison idéale d’une cadence économique au-dessus de la moyenne sans trop d’inflation tandis que le cocktail de croissance et d’inflation modeste dela «stagnation structurelle» est beaucoup moins favorable pour les marchés, selon les descriptions de Bank of America Merrill Lynch.


Les pros misent donc à la fois les secteurs aux profits croissants, ceux qui bénéficient de la hausse des taux et de l’amélioration de l’économie et enfin certains secteurs encore sous-évalués: la technologie, les banques, les sociétés pharmaceutiques, la consommation discrétionnaire, les assureurs, le secteur industriel et les producteurs de matières premières.


Par contre, les services aux collectivités et les fournisseurs de services de télécommunications, tous deux sensibles à la hausse des taux, ainsi que le secteur de la consommation de base qui est ébranlée par l’effet d’Amazon, sont les moins populaires.


Le secteur de l’énergie perd d’autres partisans. Les gestionnaires sont les plus nombreux (12%) à alléger ce secteur en portefeuille depuis mars 2016.


Risques et surprises


L’escalade nucléaire de la Corée du Nord trône évidemment en tête des risques (34% des répondants), mais la possibilité que la Fed américaine et la Banque centrale européenne(BCE) retirent leurs liquidités trop tôt, arrive bon deuxième (21%).


Un resserrement monétaire en Chine est un risque cité par 15% des gestionnaires sondés.


Une récession au cours des prochains six mois serait la principale surprise tandis qu’une bulle boursière n’étonnerait personne.


Le quart des gestionnaires croient que la crypto-monnaie Bitcoin est une fièvre spéculative; 22% d’entre eux estiment que le Nasdaq est trop populaire et 21% considèrent que le pessimisme envers le dollar américain est excessif.


D’ailleurs, le quart des investisseurs sondés jugent que le billet vert américain est sous-évalué, la plus forte proportion depuis décembre 2014.

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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