Le patron de la Fed a les épaules larges

Publié le 28/11/2018 à 16:05

Le patron de la Fed a les épaules larges

Publié le 28/11/2018 à 16:05

En déclarant que son taux directeur est déjà tout près du niveau neutre que souhaite la Fed, Jerome Powell a déclenché une marée montante sur les marchés financiers.


La Bourse américaine, celles des marchés émergents et les cours des matières premières (+1,6%) grimpent tandis que le dollar américain perd des plumes (-0,6%).


Le S&P 500 gagne 2,3%, le Dow Jones 2,5%, le Nasdaq 2,9%, le S&P/TSX 1,5% et les marchés émergents 1,5%.


À quelques jours de la rencontre entre Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping, le président de la Réserve fédérale a dit aux investisseurs ce qu’ils voulaient entendre en ce moment.


La Fed et la Chine étaient les deux ingrédients manquants pour que la Bourse retrouve un point d’appui à court terme, a déclaré Art Hogan, stratège de B Riley FBR, à l’agence Bloomberg.


Maintenant que M. Powell fait preve de plus de flexibilité, il faudra attendre à ce week-end pour voir si une détente est aussi possible dans le bras de fer sino-américain.


Deux petits mots ont fait toute la différence: le taux de la Fed de 2 à 2,25% est «juste en deça» du niveau que la banque centrale considère comme neutre pour réaliser son double mandat de stabilité des prix et de croissance économique.


Ses déclarations antérieures disaient pourtant que le taux interbancaire d’un jour était encore «loin» de ce fameux seuil neutre.


M. Powell avait même évoqué la possibilité que la Fed veuille franchir ce taux «neutre».


Plusieurs avaient d’ailleurs attribué à ces deux énoncés la correction d’octobre.


Les marchés ont fourni la justification


Dans les faits, les marchés avaient devancé la parade: les taux américains de 10 ans étaient passés de 3,26 le 9 octobre à 3,05% et les attentes inflationnistes sur 10 ans étaient déjà tombées sous la cible de 2% de la Fed pour la première fois en onze mois.


Enfin, les probabilités de resserrement monétaire après la neuvième hausse de décembre 2018 avaient déjà fondu.


La plus récente chute des obligations de sociétés a joué un rôle important puisqu’elle augmente le coût d’emprunt des entreprises en temps réel.


Le rendement exigé par les acheteurs d’obligations de qualité institutionnelle avait aussi atteint le niveau le plus élevé depuis 2010 tandis que le celui des obligations de pacotille était remonté au plus haut en deux ans.


Il en coûte 2,5% de plus qu’en 2014 pour une société classée dans la catégorie de pacotille d'emprunter, précise l’agence Bloomberg.


En d’autres mots, les marchés ont eux-mêmes fourni au grand argentier l’espace dont il avait besoin pour assouplir ses orientations.


Les marchés à terme prévoient désormais une chance de seulement 25% que la Fed hausse son taux directeur après celle du 19 décembre, soit la moitié du niveau qui prévalait en octobre.


Le S&P 500 a pour sa part récupéré les deux tiers du plongeon de 300 points observé entre le 20 septembre et le 3 novembre.


Il est trop tôt pour dire si les pros ont raison de pousser un énorme soupir de soulagement, à temps pour sauvegarder leurs rendements en fin d’année.


Plusieurs commentateurs jugent que Wall Street est encore trop complaisante de croire au prolongement du marché haussier. En revanche, certains prévisionnistes craignent au contraire que le virage de la Fed soit signe d’une détérioration encore peu apparente de l’économie.


Ainsi, la croissance économique du troisième trimestre aurait été de 1,2% au lieu du taux officiel de 3,5%, sans l’accumulation de stocks par les entreprises qui ont devancé la menace de tarifs de 25% sur 200 milliards de dollars américains de biens importés chinois.


L’écart entre le volume de conteneurs destinés à l’importation et à l’exportation a atteint un record de 1,6 million en octobre, note la consultante Danielle DiMartino Booth, fondatrice de Quill Intelligence.


Le déficit commercial américain s’est d’ailleurs aussi creusé en octobre.


Des risques encore bien présents


Il est un peu ironique que M. Powell ait calmé les marchés au même moment où la Fed produisait un rapport évoquant la possibilité d’une importante chute des marchés étant donné l’accumulation de risques (conflit commercial, Brexit, fragilité fiscale en Europe et économique en Chine, etc) et la surévaluation de plusieurs actifs.


Voici une courte liste des zones de danger du rapport en question, fournie par seeking.alpha.com.


Les prix des immeubles commerciaux augmentent plus vite que les loyers depuis plusieurs années tandis que les prix des terres agricoles restent près des sommets historiques.


Les prix des maisons sont élevés par rapport aux revenus des ménages.


La dette émise par les sociétés est historiquement élevée, surtout dans la catégorie de pacotille, tandis que les clauses de protection de certains de ces prêts sont inadéquates.


En revanche, globalement le marché privé du crédit présente des risques modérés.


De plus, l’endettement des ménages n’a pas augmenté aussi vite que l’activité économique ces dernières années. La majorité des prêts contractés se concentre dans les ménages les mieux nantis.

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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