Le titre ne fait pas le leader

Publié le 12/03/2018 à 13:55

Le titre ne fait pas le leader

Publié le 12/03/2018 à 13:55

Martine Ouellet est la chef du Bloc québécois. Photo: DR

Sept des 10 députés bloquistes ont récemment claqué la porte en dénonçant l’intransigeance de leur chef. Comment a réagi Martine Ouellet? Elle a décidé de rester à la tête du parti, à la surprise de plusieurs.


Ne pas quitter dès que se présentent des difficultés est, bien sûr, une belle qualité chez un leader. Et des démissions, ça peut arriver dans tous les domaines. Par contre, quand c'est l’équipe qui démissionne en bloc, il y a lieu de se questionner; d’autant plus que les démissionnaires déclarent, ici, que le leadership de leur chef est la raison de leur départ.


En fait, quand tu es nommé chef ou leader, il faut toujours garder en tête que ce n’est là qu’un titre. C'est d'ailleurs ce que disait Lucien Bouchard lui-même, il y a 10 ans, lors d’un déjeuner-conférence auquel j’avais eu le privilège d’assister avec une vingtaine d’invités.


L’ex-premier ministre du Québec (qui est aussi l'un des fondateurs et le premier chef du Bloc québécois - drôle de coïncidence!) y avait alors dit, en substance : «Ta priorité, en tant que premier ministre, c’est d’avoir le soutien de la majorité de tes députés. Si, en chambre, tes collègues ne se lèvent plus pour t’appuyer, c’est terminé! Comme chef, j’étais donc extrêmement sensible à cela malgré, parfois, certaines divergences de points de vue.»


Sans être capable de mobiliser son monde, de travailler sur un objectif commun, il voyait qu’il serait difficile d’avancer. Ces réflexions de Lucien Bouchard ont résonné en moi depuis, et encore plus ces derniers temps, étant donné les circonstances actuelles. Car si même le premier ministre l’avait en tête, lui qui détient autant de pouvoirs formels, imaginez l’importance pour une chef sans véritable pouvoir formel...


Voilà pourquoi il est si important de partager sa vision dans le respect, de ne pas l’imposer à tout prix. Cela est vrai dans toutes les organisations, pas seulement en politique. Leader un groupe, c’est, d’abord et avant tout, maîtriser l’art de convaincre. Révolu est le temps où tu arrivais avec ton idée, où tu la soumettais, et puis voilà, pas de place à la discussion. Un leader ne peut plus se permettre de dire : «Voici où on s’en va, suis-moi ou quitte le bateau». Ça ne fonctionne plus comme ça, encore moins à long terme.


Démissionner, comme l’ont fait ces sept députés bloquistes, est un geste extrême pour montrer un désaccord. En entreprise, cela se traduit plutôt par une réaction passive-agressive : des employés qui se braquent ou qui ne font pas avancer les projets. Ça reste plus sournois et moins public qu’en politique, mais c'est tout aussi néfaste pour l’entreprise et pour… la crédibilité du leader.


Malheureusement, encore aujourd’hui, beaucoup trop d’individus promus à des postes décisionnels croient que l’autoritarisme est un bon moyen d’exercer leur leadership. Comme si démontrer son autorité était le signe d’une bonne gestion...


Bref, même si tu es un leader né, si tu n’as personne pour t’appuyer, tu n'as, en vérité, que le titre de leader.


 

À propos de ce blogue

Éric Paquette est Président-cofondateur de l'Institut de leadership en gestion (www.institutleadership.ca), une école de formation de haut niveau destinée aux gestionnaires québécois où plusieurs personnalités de renom viennent partager leur expérience. «S'inspirer pour mieux gérer» est un blogue qui présente des cas vécus et en fait sortir un principe ou un modèle s'appliquant à d'autres situations en contexte de gestion.

Éric Paquette

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