Québecor : ce à quoi pourrait ressembler la suite

Offert par Les Affaires


Édition du 02 Juin 2018

Québecor : ce à quoi pourrait ressembler la suite

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Édition du 02 Juin 2018

­Le siège social de Québecor à Montréal [Photo: Jean Gagnon / CC]

Beaucoup a été dit sur le rachat du bloc de la Caisse de dépôt et placement dans Québecor Media. Soyons prospectif, plutôt que rétrospectif. Quel est le potentiel du titre de Québecor (QBR.B, 25,39 $) dans les prochaines années ?


Exit de la discussion, TVA et les autres actifs médias


D'abord un mot sur les activités médiatiques de l'entreprise pour, paradoxalement, dire qu'elles ne sont pas vraiment pertinentes à la discussion.


Sur un horizon de quelques années, on est personnellement relativement optimiste sur Groupe TVA (TVA. B, --- $). À condition que le CH réussisse à se doter d'une équipe qui puisse avancer dans les séries. Les revenus d'abonnements à TVA Sports augmenteraient, tout comme les revenus publicitaires, ce qui ferait fondre le déficit de la filiale et aurait un impact sur le grand tout.


La capitalisation boursière de TVA est toutefois actuellement autour de 100 millions de dollars. Le chiffre est à mettre en relation avec la valeur estimée de Vidéotron, qui est au-dessus de 12 milliards de dollars. Le titre de TVA peut bien doubler, l'impact restera négligeable pour Québecor.


La situation est la même pour les journaux, qui représentent à peine 0,10 $ par action (avant dette) de la valeur du titre.


Et les éventuels Nordiques ?


Un autre dossier qui fait couler beaucoup d'encre (numérique, disons...).


Avec le rachat de la participation de la Caisse, la probabilité d'un retour dans les prochains mois est presque nulle. Sans entrer dans les détails, Québecor doit encore racheter une débenture de 150 M$ attachée au holding pour améliorer sa structure financière et l'évaluation que lui accorde le marché. Cela portera sa dette nette autour de quatre fois le bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA). C'est un niveau qui se justifie au lendemain d'une transaction; aller au-dessus deviendrait cependant inconfortable. Particulièrement si le prix à payer est de 1 G$ US.


Il y aurait peut-être moyen de faire une émission d'actions, mais on ne voit pas trop comment le marché pourrait être intéressé par cette émission (à moins qu'elle soit à rabais).


Pour deux raisons.


Il est difficile de voir comment Québecor pourrait vraiment créer de la valeur avec une équipe de la LNH. Le risque de perte de valeur devrait être bien pesé. Québec reste un petit marché, et, à voir le nombre de concessions en déficit, il ne semble pas rester beaucoup de marchés où une franchise battant de l'aile pourrait être relocalisée et améliorer sa rentabilité. Dans un scénario d'expansion, le risque de perte semble élevé.


Dans celui de l'achat d'une franchise en déménagement (à prix plus faible), le risque est plus faible. Et, donnons la chance au coureur, il pourrait peut-être y avoir de la création de valeur. La situation se heurte toutefois au deuxième motif. Le même que pour TVA et les journaux : la création de valeur serait au mieux marginale dans le contexte du poids lourd qu'est Vidéotron et n'est, en conséquence, guère pertinente à la discussion.


Jetons maintenant un regard sur les perspectives du fameux poids lourd.


Vidéotron: là où ça n'avancera pas


Dans la câblodistribution traditionnelle, les perspectives sont mauvaises. Depuis quelques années, le nombre d'abonnés recule. Il en est encore parti 15 000 au net dans le dernier trimestre. C'est sur une base qui compte encore 1,6 million d'abonnés. N'empêche qu'elle fond.


Dans la téléphonie par câble, c'est aussi difficile. On était à 1,3 million d'abonnés en 2015; on ne devrait pas être loin de 1,1 million à la fin de 2018.


Vidéotron: là où ça devrait avancer


La tendance est haussière dans le branchement Internet. Une progression de 2,8 % du nombre d'abonnés en 2016, 3,3 % l'an dernier, et l'on devrait être au-dessus de 2 % en 2018. La démographie augmente dans les grands centres et, contrairement au câble, tout le monde a besoin d'Internet, même ceux qui font du cord cutting. La consommation de données augmente également.


Le plus important vecteur demeure cependant le sans-fil. C'est ici que se trouve la locomotive. Une hausse de 16 % des abonnements en 2016 et de 14,5 % en 2017. Au premier trimestre, on est autour de 13 % et la plupart des prévisionnistes voient la tendance se maintenir sur 2018 et sur quelques années à venir. Tout migre vers la mobilité.



L'un dans l'autre


Même dans les activités en perte de vitesse, il est parfois possible de diminuer l'impact des reculs d'abonnés en augmentant légèrement les prix.


En jumelant certaines augmentations de prix à la propulsion du sans-fil, les analystes voient généralement le BAIIA de Québecor avancer annuellement autour de 5 %, du moins dans les deux à trois prochaines années.


À un multiple constant, c'est un titre qui pourrait donc connaître une progression annuelle apparentée.


Il faut cependant noter que Québecor se négocie actuellement à un multiple plus faible que ses comparables (7,3 fois le BAIIA attendu en 2018, contre 8,6 fois pour Rogers, 8,3 fois pour Shaw, 8,7 fois pour BCE et 8,5 fois pour Telus, selon BMO Marchés des capitaux).


L'écart s'explique principalement par la dette plus élevée de l'entreprise et par le fait que la structure de capital de l'entreprise n'est pas encore optimale (en raison de la débenture à racheter).


La débenture sera éventuellement rachetée et, grâce à d'importants flux de trésorerie, la dette devrait aussi baisser. La réduction graduelle de la dette devrait permettre de faire augmenter le multiple, tout en libérant de la valeur (la valeur d'une entreprise se calcule par son équité, c'est-à-dire la valeur des actions, à laquelle on additionne sa dette. En réduisant la dette, la valeur des actions grimpe forcément).


Sur un horizon de trois ans, on pourrait peut-être ajouter un levier de 15 % à 20 % sur ces éléments. Ce qui veut dire un rendement total d'environ 30 %. En incluant l'augmentation projetée du dividende, puisque ce qui sera retourné aux actionnaires n'ira pas au remboursement de la dette.


 

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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