Un joint ou un verre de vin? La SAQ a un problème...

Publié le 25/01/2018 à 07:34, mis à jour le 25/01/2018 à 09:37

Un joint ou un verre de vin? La SAQ a un problème...

Publié le 25/01/2018 à 07:34, mis à jour le 25/01/2018 à 09:37

La légalisation du cannabis va entraîner une chute des ventes de vin... Photo: DR

Le gouvernement du Canada a déposé le 13 avril 2017 un projet de loi de légalisation de la consommation récréative du cannabis pour les adultes. Cette loi doit entrer en vigueur en juillet prochain. C'est pour cela que le gouvernement du Québec a crée en novembre dernier la Société québécoise du cannabis (SQC) [à ne pas confondre avec l'autre SQC, le Syndicat québécois de la construction!], une filiale de la Société des alcools du Québec (SAQ) : la SQC sera chargée de la vente légale du cannabis, dans des locaux distincts de la SAQ.


Bien. Mais une question se pose : la SQC risque-t-elle de nuire à la SAQ? Autrement dit, les ventes de cannabis risquent-elles de se faire au détriment de celles du vin? Oui, les gens vont-ils se mettre à consommer du pot en lieu et place du vin?


Une étude toute récente permet de s'en faire une idée. Deux professeurs d'économie – Michele Baggio, assisté de son étudiant Sungoh Kwon, de l'Université du Connecticut à Storrs (États-Unis), et Alberto Chong, de l'Université d'État de Géorgie à Atlanta (États-Unis) – ont analysé les ventes d'alcool d'une centaine de magasins – dépanneurs, épiceries, supermarchés et grandes surfaces –, entre 2006 et 2015; et ce, dans des États américains où la vente de cannabis a été autorisée pour raisons médicales ainsi que dans des États n'autorisant toujours pas la vente de cannabis. L'idée était simple : voir si la légalisation du cannabis avait eu le moindre impact sur la vente d'alcool.


Résultat? Tenez-vous bien :


> Les ventes de vin frappées de plein fouet par la légalisation du cannabis. À partir du moment où la vente de cannabis devient légale pour des raisons médicales, les ventes d'alcool chutent durablement d'en moyenne 15%. Plus précisément, les ventes de bière reculent de 13,8% et celles de vin, de 16,2%. Ce qui est énorme.


«Notre étude montre sans l'ombre d'un doute que le cannabis et le vin sont de forts substituts l'un pour l'autre. Lorsqu'il devient possible de consommer du cannabis, ceux qui s'y adonnent le font au détriment de l'alcool, et du vin en particulier», notent les trois chercheurs.


Par conséquent, on peut raisonnablement s'attendre à ce que les ventes de la SQC se fassent au détriment de celles de la SAQ. À ceci près que l'ampleur de l'impact exact reste, toutefois, incertain. Et ce, pour deux raisons principales:


– L'étude ne porte que sur la légalisation du cannabis pour raisons médicales, ce qui ne concerne qu'une petite fraction de la population. Elle ne porte pas sur une légalisation complète, comme cela doit bientôt survenir au Canada. Du coup, il est périlleux de généraliser ce «15%» à l'ensemble de la population.


– L'étude porte exclusivement sur des Américains, lesquels – c'est bien connu – n'ont pas les mêmes habitudes de consommation d'alcool que les Québécois. Grosso modo, nous sommes plus friands de vin que nos voisins du Sud, et il se pourrait donc que cela atténue le choc annoncé sur les ventes de la SAQ.


On le voit bien, il convient de prendre le chiffre de «15%» avec des pincettes. Cela étant, il est clair qu'impact il y aura, et sûrement assez conséquent pour affecter grandement le chiffre d'affaires de la SAQ, ces prochaines années.


Alors, le cannabis, une affaire rentable pour la SAQ? Peut-être pas autant qu'anticipé...


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Espressonomie


Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


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À propos de ce blogue

ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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