Vous voulez de la relève en informatique ? Payez-les !

Publié le 11/10/2018 à 17:34

Vous voulez de la relève en informatique ? Payez-les !

Publié le 11/10/2018 à 17:34

[Photo: 123rf]

J’ai lu avec intérêt votre article retraçant la problématique du désintérêt des filles pour l’informatique, et plus largement, les différentes technologies de l’information.


J’ai bien peur toutefois  qu’il y ait, du moins partiellement, erreur de diagnostic.


Permettez-moi de recenser le parcours des jeunes de notre famille.


Les filles et la TI 


Ces jeunes de la génération Y sont presque tous fortement scolarisés. Et la majorité des filles sont effectivement diplômées en STIM, pour employer cet acronyme très populaire dans les cercles de RH.


Aucune d’entre elles n’a jamais eu l’intention ni de près ni de loin de toucher au secteur de l’informatique. Voyons voir…


Deux d’entre elles sont allées en administration des affaires et gagnent très bien leur vie. Les 7 autres sont toutes diplômées de STIM au CÉGEP, dont 6 à l’université : deux pharmaciennes, une physiothérapeute, une ingénieure spécialisée en procédés et en biotechnologie, une architecte doublée d’une experte en urbanisme,  gestion du patrimoine et aménagement du territoire (à la maîtrise) et, finalement, deux médecins. Une d’entre elles (je parle ici, des deux médecins)  avait auparavant agrémenté son parcours de deux années en génie.


Elle y a conclu que l’ensemble du corpus composant la formation universitaire en génie demeure intéressant, mais la pratique du métier semble curieusement «assommante».


La cerise sur le gâteau? Après y avoir terminé son premier cours en informatique, elle a conclu sommairement ceci : « c’est intéressant, mais la paie n’est pas du tout en adéquation avec la complexité de la patente …!». Et le plus drôle, c’est que cette dernière est une «gamer».


Je vous l’affirme, ce n’est pas avec des moyens aussi dérisoires et inintéressants que le déprimant site «technocompetences» qu’on intéressera les filles de sciences aux TI.


Pour finir, un court aparté sur les gars de la famille : 4 ingénieurs et un expert en finances.


J’en conviens, il s’agit d’un bloc curieusement monolithique.


Un seul des 5 possède un réel et naturel talent en programmation. Et il a toujours refusé catégoriquement de devenir programmeur : « une profession maltraitée » dit-il.


 «L’état des stocks en TI »


Ayant pris ma retraite de l’informatique l’an passé, j’ai eu le plaisir de jouer le rôle de mentor pour plusieurs jeunes informaticiens/ciennes de la génération Y. Des jeunes hommes à 80%.


Ils m’ont souvent mentionné que leurs amis ayant travaillé dans l’industrie des jeux vidéo y ont vécu une période passionnée de 3 ou 4 années. Ensuite, ils ont fomenté en grande proportion un sentiment inavouable : celui d’être exploité. Les semaines de 60 heures, les centaines d’heures supplémentaires non payées ont fini par réclamer leur dû : le désintérêt et le désenchantement.


Ces jeunes m’ont par ailleurs appris qu’il n’y avait à peine que deux centaines d’étudiants débutants en informatique à leur université en 2010. Une production maximale de moins d’une centaine de finissants en découlait. Un désintérêt manifeste.


En 1982, lors de la grande récession, nous étions 560 débutants ! Et les besoins du marché n’atteignaient alors qu’une petite fraction de l’ensemble des besoins de l’industrie en 2018.


Ma conclusion : vous voulez de la relève en informatique ? Payez-les !


Vous écriviez :  «L’entreprise va allumer la flamme des développeurs, les filles comme les garçons, tandis qu’ils sont encore à l’école». 


Je subodore le feu de paille.


Ces gens-là ont des besoins pressants, mais honnêtement, décourageriez-vous votre fille d’aller en sciences de la santé ? En finance ? En comptabilité ?


Poser la question…


Je l’ai constaté, les filles ont tous les talents en science et sont globalement meilleures en résultats. Il existe peut-être une petite exception. Les gars sont aussi forts en math et en informatique (les tables de la logique, l’algorithmique, la simulation et la recherche opérationnelle  sont des champs des mathématiques). Le reste n’est qu’une question d’intérêt.


Poser la question…


 


Bien à vous,


 


John Foster (pseudonyme)


Informaticien / Économiste.


L’Ancienne-Lorette.


 

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