Lettre ouverte au premier ministre

Publié le 02/10/2018 à 12:54

Lettre ouverte au premier ministre

Publié le 02/10/2018 à 12:54

[Photo: 123RF]

BLOGUE INVITÉ. J’écris cette chronique sans savoir qui deviendra le 32e premier ministre de la province du Québec. En écrivant ce texte, les sondages montrent une quasi-égalité entre le Parti libéral et la Coalition avenir Québec donnant un tout petit avantage au parti de François Legault.


Par expérience, je n’ai aucune confiance aux sondages. Trump, Layton, Macron, Plante, Le Pen père, Le Pen fille… Trop souvent j’ai été plus que surpris le soir du vote.


Après plus d’une trentaine de jours à parcourir les quatre coins de la province, les chefs ont pu, je l’espère, découvrir les véritables enjeux auxquels ils doivent s’attarder dès ce matin. Car après l’avalanche de promesses de toutes sortes, de stratégies pour sortir le vote et des multiples bonbons électoraux, la vraie vie recommence.


Attente interminable aux urgences, graves problèmes de circulation dans les grands centres, état pitoyable de nos écoles et de nos infrastructures, accès difficile aux régions, pénurie de main-d’œuvre pour ne nommer que ceux-ci sont tous des sujets qui n’ont tristement pas disparu la nuit dernière.


Nonobstant qui sera le choix des électeurs, voici ma lettre au premier ministre.


Bonjour,


Premièrement, félicitations.


Ces dernières heures, j’en suis certain, ont dû être extrêmes en émotions. Avoir l’honneur de représenter et de défendre les intérêts de plus de huit millions de Québécois ne se présente pas tous les jours. Le Québec vous a choisi comme leader, c’est maintenant à vous et à votre équipe de nous prouver que nous avons bien fait.


Pour la première fois en près de 50 ans, nous avons été témoins d’une campagne où la question référendaire n’était pas centrale et omniprésente. Pour tout vous dire, j’attendais avec hâte les discussions de fond et les débats passionnés que cette nouvelle réalité politique allait permettre.


Honnêtement, comme beaucoup de Québécois, je n’ai pas eu la campagne espérée. J’espère sincèrement qu’elle ne sera pas un reflet des prochaines années.


Le Québec va bien. Les Québécois moins. Certes l’économie roule à plein régime et le taux de chômage est au plus bas. L’environnement économique à lui seul ne peut toutefois traduire le bien-être d’un peuple. La réalité est toute autre pour beaucoup d’entre nous qui souffrent d’inégalités de toute sorte, problèmes de décrochage, d’intégration, de santé mentale, de pauvreté et j’en passe.


Je crois fermement que c’est avec une économie forte que nous pouvons nous donner les moyens de nos ambitions, cependant, les projets avant-gardistes et rassembleurs sont parallèlement de mise.


Cette campagne aurait pu être l’occasion unique de nous faire rêver, de nous rendre fiers et de nous proposer un projet de société qui mènerait notre province vers les plus hauts sommets. Environnement, éducation, santé, réalité des régions ont été mis de côté pour parler d’exclusion, de salaire de médecin spécialiste et de candidats accumulant les faux pas.


Je vous le concède, certaines idées qui ont été présentées étaient à mes yeux excellentes… Mais n’étaient-elles que des paroles en l’air comme nous en avons tant l’habitude?


À la place, nous avons été témoins de querelles entre politiciens aguerris plutôt que d’un échange constructif qui nous permettrait de trouver les solutions aux multiples problèmes dont souffre notre société.


Je ne vous condamne pas. Loin de là. Tristement, la politique d’aujourd’hui se retrouve à des années-lumière de celle dont les Québécois rêvent et méritent. Les mots «promesse», «stratégie électorale» et «consultation» ont remplacé les mots «action», «échange» et «projet commun». La politique se joue aujourd’hui au «je» ; je rêve qu’elle retourne au «nous».


Le jour est idéal pour entrer dans l’histoire, pour redonner les lettres de noblesse à nos institutions. Nous voulons tous, dans quelques années, voter pour un parti plutôt que contre. Consultez-nous, soyez plus présents sur le terrain, travaillez avec les autres partis et abandonnez les discours haineux.


Politologue de formation, entrepreneur par passion, mari et papa par bonheur, j’ai le Québec tatoué sur le cœur. Je vous souhaite d’immenses réussites. Mais n’oubliez jamais ceci: vos succès sont et doivent aussi être les nôtres.


 

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaire sans trop savoir ce que c’était. Je suis devenu un entrepreneur sans aucune idée de l’aventure dans laquelle je me lançais. Je suis maintenant le dirigeant d’une entreprise qui a le vent dans les voiles. Après avoir complété mon baccalauréat en science politique à l’Université de Montréal et surtout après avoir vécu une première expérience catastrophique en affaire (dans l’univers de la restauration), j’ai décidé de me lancer dans la production de vodka… sans trop savoir ce que je faisais ! À travers ce blogue, je vais vous amener dans les coulisses de l’entrepreneuriat, dans l’antichambre du succès. Une réalité partagée par des milliers de jeunes et moins jeunes entrepreneurs, une réalité qui gagnerait à être partagée !

Nicolas Duvernois

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