Pour ou contre les monopoles des sociétés d’État?

Publié le 30/10/2018 à 14:18

Pour ou contre les monopoles des sociétés d’État?

Publié le 30/10/2018 à 14:18

(Photo: Denis Lalonde)

BLOGUE INVITÉ. L’une des questions que l’on me pose le plus au quotidien est si je suis pour le fait d’abolir le monopole de la SAQ. La privatisation de nos sociétés d’État, notamment la Société des alcools du Québec, Hydro-Québec et maintenant de la toute nouvelle Société québécoise du cannabis, fait souvent la manchette. 


Dans le passé, je me suis souvent ouvertement exprimé pour le maintien (à quelques améliorations près) du réseau de la SAQ jumelé à la possibilité d’avoir des boutiques indépendantes spécialisées. Évoluant dans l’industrie des vins et spiritueux depuis une dizaine d’années, j’ai la chance de voir les deux côtés de la médaille en étant client particulier et partenaire d’affaires de celle-ci.


Peu importe le nombre d’articles de presse qui essaient de montrer, avec des comparatifs boiteux, que la SAQ nous vole, je le dis et le répète: il n’y a aucun système au monde meilleur que celui-ci en comparant de multiples facteurs.


La société d’État offre des dizaines de milliers de références différentes, d’excellentes conditions de transport et d’entreposage, 400 magasins aux quatre coins de la province et des produits que l’on peut avoir uniquement grâce au pouvoir d’achat de l’un des plus grands acheteurs de vins et spiritueux au monde. «On se plaint le ventre plein».


Cependant, bien qu’être un monopole comporte certains avantages, notamment celui de n’avoir aucune (ou extrêmement minime) concurrence, il comporte aussi des inconvénients, dont celui de devoir gérer des attentes élevées de la part des clients. En effet, les sociétés d’État sont scrutées à la loupe, comme peu d’entreprises privées le sont.


Grève à la SAQ et rupture de stocks à la SQDC


J’ai eu l’idée d’écrire ma chronique vendredi dernier, à 14h. En apprenant la nouvelle que les employés de la SAQ venaient tout juste de déclencher une grève surprise, malheureusement lors d’une des journées les plus importantes de l’année en termes de ventes (pour les producteurs de spiritueux québécois cette journée était cruciale), j’en suis resté bouche bée.


Quelques minutes auparavant, je venais tout juste de lire qu’en raison de ruptures de stock, la SQDC allait, de son côté, finalement n’ouvrir que trois ou quatre jours par semaine pour une période indéterminée. L’accumulation d’exemples était trop parfaite pour ne pas aborder le sujet.


Pour garder la légitimité de leur existence, les dirigeants, employés et syndicats des société d’État doivent arrêter de nous prendre pour acquis. 


Grèves et moyens de pression à la SAQ, hausses constantes des tarifs chez Hydro-Québec, ruptures de stock et multiples autres problèmes à la SQDC… Tout cela ne fait qu’exacerber les frustrations et munir d’arguments les partisans de l’abolition de ces monopoles.


La tendance peut-elle être inversée? Après l’Alberta et partiellement la Colombie-Britannique, le vent de changement est à nos portes. Doug Ford, le nouveau premier ministre ontarien, considère sérieusement de privatiser la LCBO, l’équivalent ontarien de la SAQ, afin d’ouvrir le marché de la vente des vins, bières et spiritueux.


Selon mon analyse, c’est la SAQ qui est le plus à risque de voir son monopole éclater dans les prochaines années. Le commerce de détail est en profond bouleversement. De plus en plus, l’expérience client et les nouvelles technologies prendront le dessus sur les boutiques physiques. 


Afin de conserver leur raison d’être et de continuer d’avoir la faveur d’une partie importante de la population, je suggère qu’il se fasse au coeur de ces organisations une sérieuse réflexion. Celles qui préféreront «s’asseoir sur leurs lauriers» risquent, tout simplement, d’être condamnées à disparaître dans un futur très proche.

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaire sans trop savoir ce que c’était. Je suis devenu un entrepreneur sans aucune idée de l’aventure dans laquelle je me lançais. Je suis maintenant le dirigeant d’une entreprise qui a le vent dans les voiles. Après avoir complété mon baccalauréat en science politique à l’Université de Montréal et surtout après avoir vécu une première expérience catastrophique en affaire (dans l’univers de la restauration), j’ai décidé de me lancer dans la production de vodka… sans trop savoir ce que je faisais ! À travers ce blogue, je vais vous amener dans les coulisses de l’entrepreneuriat, dans l’antichambre du succès. Une réalité partagée par des milliers de jeunes et moins jeunes entrepreneurs, une réalité qui gagnerait à être partagée !

Nicolas Duvernois