Si j'étais premier ministre

Publié le 28/08/2018 à 11:09

Si j'étais premier ministre

Publié le 28/08/2018 à 11:09

(Photo: Jérôme Lavallée)

BLOGUE INVITÉ. La plupart de vous me connaissez comme entrepreneur, mais les plus curieux d’entre vous savez que je suis politologue de formation. Je vous l’avoue, la science politique n’était pas mon premier choix, mais ô-combien ai-je découvert un univers passionnant.


Je baigne dans la politique depuis mon plus jeune âge. Mon père, avant d’avoir été sénateur en France pendant 17 ans, a été, tout au long de ma vie, extrêmement impliqué dans la communauté française à travers le monde.


Je ne compte plus les heures, mois, années de sacrifices dont j’ai été témoin. Les épluchettes de maïs à la française (avec du Ricard!), les 14 juillet, les remises de médailles, les nombreux (constants) déplacements, les éternelles campagnes électorales et j’en passe.


J’ai eu l’immense chance et opportunité de vivre la politique sans avoir à être sous les projecteurs, mais plustôt dans l’ombre. Mieux encore, je l’ai vécue à travers des yeux d’enfant, d’adolescent et maintenant d’adulte.


J’ai vu à quel point l’engagement politique, quand il est noble et sincère, peu littéralement rendre la société dans laquelle on vit meilleure. J’ai également et trop souvent vu tout au long de ma vie des agissements qui me répugnent au plus haut point. Opportunisme, calcul politique, «magasinage de partis», changements d’opinions, voire de valeurs au gré des saisons…


Certains me traiteront peut-être d’idéaliste, mais selon moi, s’engager en politique est un sacrifice personnel pour le bien commun. Ce n’est pas et ne devrait pas être une manière de se trouver un emploi et un compte de dépenses ou espérer avoir une limousine ministérielle.


Nous sommes au début d’une campagne électorale historique. Rarement avons-nous lancé une campagne avec autant d’incertitude de la part des électeurs. La CAQ va-t-elle surprendre en brisant le bi-partisme historique du Québec? Le PQ va-t-il s’effrondrer, voire disparaître ou nous surprendre et rebondir en force? QS deviendra-t-il un parti officiellement reconnu à l’Assemblée Nationale? Les Libéraux réussiront-ils à garder le pouvoir et continuer de dominer l’échiquier politique comme ils le font depuis la fin des années 90? 


Voici, pour jouer le jeu, les trois priorités sur lesquelles je bâtirais ma campagne électorale: santé, éducation et économie.


Santé


Le budget du ministère de la Santé représente plus de la moitié du budget total de la province. Autrement dit, plus d’un dollar sur deux de vos impôts y est consacré. Premièrement, je m’assurerais que le coût de chacune de nos visites nous soit divulgué. Il n’y a rien de plus faux de dire que «c’est gratuit» lorsque nous allons à l’hôpital. Que ce soit une visite à l’urgence, une opération d’un jour ou un traitement de plusieurs mois, divulguer le tout nous conscientiserait tous vis-à-vis les coûts réels de ce ministère.


Deuxièmement, j’ouvrirais la porte au privé. Oui je sais, certains vont sauter aux rideaux avec cette déclaration... mais laissez-moi vous convaincre! Scoop… le privé existe déjà largement au Québec. Je m’assurerais cependant, afin d’éviter un déplacement massif des médecins vers le privé, de plafonner leurs heures de pratique privée. En ce faisant, les médecins étant rémunérés à l’acte, je ferais en sorte qu’ils puissent, s’ils le veulent, travailler au privé, tout en étant «obligés» de rester dans le système public.


Troisièmement, après avoir travaillé plus d’une dizaine d’années à l’hôpital Sainte-Justine, je me suis rapidement aperçu de la disparité et de l’inégalité des revenus et des conditions entre les médecins, les infirmières et le personnel de soutien. Certes, les médecins ont plus de scolarité, mais ces années d’études de plus ne justifient en rien l’écart salarial abyssal. Une réflexion majeure s’impose afin de créer un environnement de travail plus sain, qui met le patient au cœur de toute initiative.


Éducation


J’ai dernièrement eu une discussion avec un de mes plus proches amis, Gabriel Bran Lopez, le fondateur de Fusion jeunesse. Une sommité du monde de l’éducation au Québec, une personne qui, je le clame haut et fort, a plus fait pour nos élèves que l’immense majorité des ministres de l’Éducation que nous avons eus. De cette discussion passionnante est sortie trois points sur lesquels je mettrais l’emphase. 


Sans surprise, l’apprentisage expérientiel dès la première année est de mise. Quoi de plus important dans un monde en perpétuel changement que de sentir que ce que l’on apprend est pertinent et que l’on peut le mettre en application rapidement. Ce faisant, les étudiants seraient initiés plus tôt à prendre des décisions éclairées quant à leur parcours scolaire ou professionnel.


Deuxièmement, bien que je voie d’un bon œil l’initiative de «l’école du futur», je miserais sur une refonte beaucoup plus large. Tous les élèves du Québec méritent cette école du futur. Quoi de moins motivant que d’étudier dans une école désuète, d’apprendre à coder sur un ordinateur de 1999 et de n’avoir aucun arbre ni verdure dans sa cour d’école. Certes, les coûts seront plus élevés. Cependant, comme le disait Abrahm Lincoln, «Si vous pensez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance».


Dernièrement, tout comme dans le système de la santé, la valorisation des enseignants et du personnel de soutien est de mise. Pensez-y. Vos enfants passeront plus de temps avec leurs professeurs qu’avec vous. Ne sont-ils pas importants? Le manque criant de ressources humaines, technologiques et techniques fait en sorte que nos élèves sont à risque de ne pas apprendre les compétences qui leur seront utiles afin de faire face à un marché du travail en constante évolution. 


Économie 


Je ne vous apprendrais rien en vous disant que c’est mon sujet de prédilection. Pas une journée ne passe sans que je réfléchisse à comment bâtir un Québec économiquement plus fort.


Évidemment, tout commence avec le support aux PME. Notre économie, tout comme celle de la majorité des pays, est basée sur les dizaines, voire les centaines de milliers d’entreprises fondées par notre voisin, notre ami ou notre beau-père et qui emploie quelques dizaines d’employés. Je ferais tout en mon pouvoir pour leur faciliter la vie en simplifiant au maximum la bureaucratie, en les supportant dans leur transition vers les nouvelles technologies, en rendant internet haute vitesse disponible à travers tout le territoire et en s’assurant de faire venir suffisamment d’immigrants qualifiés afin que le quasi plein emploi n’affecte pas leur croissance. 


Ensuite, je mettrais énormément d’efforts afin de diversifier nos marchés d'exportation. Comme nous nous apercevons présentement, tout miser sur les États-Unis n’est pas nécessairement une bonne idée. Oui, nous partageons une frontière avec eux, mais il ne suffit que d’un changement de Président pour voir à quel point les relations peuvent se compliquer. Fort d’un nouvel accord de libre échange avec l’Europe, j’inviterais les entreprises d’ici à regarder un peu plus à l’est et à l’ouest qu’au sud.


Finalement, sans trop vous surprendre, je créerais un ministère de l’entrepreneuriat qui chapeauterait tout ce qui touche à l’aide entrepreneuriale, à la relève entrepreneuriale, au repreneuriat et à tout ce qui tourne autour. Il n’y a jamais eu un aussi bon moment pour se lancer en affaires et je voudrais faire du Québec une véritable pépinière d'entrepreneurs. Faciliter l’accès au financement, créer un fonds 100% risque, faire de l’échec un point de départ plutôt qu’une fin et encourager l’entrepreneuriat jeunesse, féminin et immigrant. Je créerais aussi une journée de l’entrepreneuriat dans toutes les écoles dès la première année pour sensibiliser les élèves, mais aussi les professeurs, à ce choix de carrière.


Comme vous le voyez, les idées ne manquent pas. Je vous encourage fortement à partager aussi les vôtres pour bâtir une société plus forte et plus juste. Et vous, si vous étiez premier ministre, qu’elles seraient vos trois priorités?

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaire sans trop savoir ce que c’était. Je suis devenu un entrepreneur sans aucune idée de l’aventure dans laquelle je me lançais. Je suis maintenant le dirigeant d’une entreprise qui a le vent dans les voiles. Après avoir complété mon baccalauréat en science politique à l’Université de Montréal et surtout après avoir vécu une première expérience catastrophique en affaire (dans l’univers de la restauration), j’ai décidé de me lancer dans la production de vodka… sans trop savoir ce que je faisais ! À travers ce blogue, je vais vous amener dans les coulisses de l’entrepreneuriat, dans l’antichambre du succès. Une réalité partagée par des milliers de jeunes et moins jeunes entrepreneurs, une réalité qui gagnerait à être partagée !

Nicolas Duvernois