Les milléniaux sont-ils vraiment des leaders différents?

Publié le 23/01/2019 à 06:06

Les milléniaux sont-ils vraiment des leaders différents?

Publié le 23/01/2019 à 06:06

De nouvelles valeurs s'implantent dans nos organisations... Photo: Rawpixel/Unsplash

Que ce soit dit une bonne fois pour toutes, les milléniaux ne sont plus des gamins. Ce ne sont pas non plus ceux qu’on présentait ici et là, ces derniers temps, comme les «nouveaux venus», voire les «petits jeunes» de la boîte. Non, les milléniaux, ce sont les nouveaux leaders d’aujourd’hui !


C’est bien simple, les milléniaux sont ceux qui figurent aujourd’hui dans la tranche d’âges des 19-35 ans. En conséquence, un nombre grandissant d’entre eux occupent à présent des postes à responsabilités au sein des organisations et se retrouvent dans la peau du «boss».


La question saute aux yeux : cette génération que l’on dit si différente des autres fait-elle naître des leaders différents ? Et si oui, cela préfigure-t-il de grands changements managériaux ?


D’après une étude de Virtuali et Work Place Trends, 91% des milléniaux expriment le désir de diriger une équipe ou un département durant leur carrière. La moitié d’entre eux estiment être d’ores et déjà en mesure de le faire, vu qu’ils ont, à leurs yeux, les talents requis être un bon leader, en particulier «la communication» et «la capacité à connecter entre eux les gens comme les idées».


Sur le terrain, qu’est-ce que ça donne ? Les magazines américains Fast Company et Inc. se sont associés au site Web de développement de carrière Muse pour le savoir, et ils ont procédé à un sondage auprès des principaux intéressés. En voici les faits saillants :


> Gérer les milléniaux, avant tout. Les deux tiers des cadres milléniaux adorent s’occuper des collègues de leur génération. Cela étant, ils reconnaissent rencontrer des difficultés particulières avec ceux-ci :


– Susceptibles. 27% des cadres milléniaux déplorent le fait que les employés milléniaux ont la fâcheuse tendance de prendre personnel les remarques qui leur sont faites.


– Chums. 21%, qu’ils ont souvent l’impression bizarre de diriger un de leur chum.


– Habitués à être maternés. 19%, qu’ils requièrent trop d’attention ou de feedback.


> Gérer autrement les autres générations. 20% des cadres milléniaux préfèrent s’occuper des collègues de la génération X (les 36-55 ans d’aujourd’hui). Et seulement 6%, des baby-boomers (les 56 ans et plus actuels). Quelle attitude adoptent-ils à l’égard des autres générations, en général ? Celle-ci :


– Égalité. 35% les considèrent comme leurs égaux.


– Partage. 38% leur confient qu’ils veulent apprendre d’eux.


– Autorité. 18% mettent les points sur les «i» en soulignant d’emblée qu’ils sont le «boss».


> La curiosité avant l’expérience. Quelles qualités prisent-ils le plus auprès des employés dont ils ont la responsabilité ?


– Curiosité. 79% s’attendent à ce qu’ils soient curieux de tout, qu’ils aient une soif de connaissances insatiable.


– Fit. 58% pensent qu’il est crucial qu’il y ait un fit avec la culture de l’entreprise, et donc que les employés soient en parfaite adéquation avec les valeurs véhiculées par l’organisation.


– Compétence. 32% misent sur le fait que les employés ont les talents requis pour le poste qu’ils occupent.


> Une transparence quasi absolue. La moitié des cadres milléniaux (51%) tiennent à ce que l’organisation soit totalement transparente envers ses employés, notamment en matière de finance. Le tiers (37%), à ce qu’elle affiche une transparence partielle, compte tenu du fait que certaines données peuvent être sensibles sur le plan stratégique. Et seulement 2%, à ce qu’elle soit totalement opaque.


On le voit bien, on assiste à une révolution silencieuse en matière de leadership :


– Performance. Là où on pensait individuel, on pense maintenant collectif ; l’important n’est plus la performance individuelle des uns et des autres, mais plutôt la performance de l’équipe, sa facilité à accomplir les missions qui lui sont confiées.


– Pouvoir. Là où on pensait que celui qui détenait l’information avait le pouvoir, on pense maintenant que le pouvoir revient à celui qui partage au mieux l’information disponible ; l’important n’est plus de grimper tout seul au sommet de la pyramide hiérarchique, mais plutôt de grandir en harmonie avec l’écosystème professionnel dans lequel l’équipe évolue.


– Coaching. Là où on pensait que le leader se devait de commander & contrôler, on pense maintenant que le leader doit comprendre, conseiller & soutenir ; l’important n’est plus d’agir en «boss», mais en «coach», pour ne pas dire en catalyseur des talents d’autrui.


Un chiffre résume tout cela : 79%. Il s’agit de la proportion des cadres milléniaux qui croient qu’ils vont changer la vie au travail, pour le mieux, ça va de soi.


Pas de doute, donc, les milléniaux sont bel et bien en train de créer une nouvelle façon de travailler ensemble. Une façon qui colle à leurs valeurs, empreintes de liberté, d’égalité et de «connexité» (principe selon lequel les êtres humains n’évoluent sainement que s’ils nouent des liens fructueux entre eux). Bref, une façon appelée à supplanter la compétition et la concurrence par la collaboration et le partage. Rien de moins.


Le hic ? C’est qu’on ne change pas le monde d’un simple claquement de doigts. Les milléniaux arrivent dans un univers où des règles établies par les générations précédentes sont en vigueur et semblent l’être pour longtemps encore. À moins, bien entendu, d’oser tout rebâtir de zéro, ce qui pourrait se faire plus vite que ce qu’on imagine : il suffit de noter l’engouement des milléniaux pour les start-ups pour saisir combien le changement, aussi radical soit-il, ne les fait aucunement trembler…


Allons-nous, par conséquent, vers une toute nouvelle Renaissance ? Eh bien, pourquoi pas ? C’est que la génération montante en serait bien capable ! Un dernier chiffre du sondage m’amène à croire en cette possibilité renversante : 9 cadres milléniaux sur 10 disent qu’il est «extrêmement important» pour eux de «positiver» au travail. Un signe qu’ils n’ont – fort heureusement – pas été contaminés par le cynisme dont font preuve nombre de leurs aînés ; et donc, oui, que tout – je dis bien tout – est encore possible…


En passant, le philosophe britannique Francis Bacon disait : «Il est plus sage de changer beaucoup de choses qu’une seule».


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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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