«Je suis semi-retraité depuis des décennies»

Publié le 11/05/2018 à 15:35

«Je suis semi-retraité depuis des décennies»

Publié le 11/05/2018 à 15:35

Photo: Gettyimages

J’ai à nouveau eu la chance d’assister à l’assemblée annuelle de Berkshire Hathaway la fin de semaine dernière. Pour quelques jours, la ville d’Omaha devient ni plus ni moins la Mecque de l’investissement. Personnellement, je considère que ce pèlerinage annuel me permet de recharger mes batteries d’investisseur à long terme, de revenir aux sources de l’investissement «valeur» dans un monde qui, me semble-t-il, s’en éloigne continuellement.


En relisant mes notes de l’assemblée, je me suis souvenu de la réponse de Warren Buffett à la question d’un participant cherchant à savoir comment Berkshire Hathaway opérerait une fois qu’il ne serait plus là. Buffett a répondu que la société continuerait d’opérer comme par le passé et que, de toute façon, il était «semi-retraité depuis des décennies». À cela Charlie Munger, son acolyte de longue date et un homme de peu de mots (mais combien significatifs!) a ajouté: «Warren est excellent pour ne rien faire!».


Ces deux réponses m’ont rappelé un aspect de Buffett qui explique selon moi une grande partie de son succès et de sa phénoménale longévité (Buffett aura 88 ans en août alors que Munger a 93 ans). Quand il dit qu’il est semi-retraité depuis des décennies, c’est un peu à la blague. En même temps, il y a beaucoup de vrai dans cette phrase:


- Savoir dire non. Buffett a passé sa vie à faire précisément ce qu’il voulait et aimait faire: lire, réfléchir et analyser des sociétés.


- Être passionné. Dès le début, Buffett a fait ce qu’il aimait: investir afin de s’enrichir et d’enrichir ses partenaires.


- Rester loin des distractions. Difficile de trouver une ville plus éloignée de Wall Street et de ses distractions qu’Omaha, sa ville natale qui compte aujourd’hui un peu plus de 400 000 habitants.


- Évoluer à son rythme et selon ses propres termes. Pour Buffett, investir n’est pas un travail, mais un hobby, voire un jeu. Il n’investit que dans les sociétés qu’il admire et qu’il comprend bien.


- Rester là où on est bien. Buffett travaille non seulement dans sa ville natale, il habite toujours la maison qu’il a achetée en 1958. Il travaille aussi dans le même bureau de Kiewitt Plaza, à quelques kilomètres de sa maison, depuis plus de 50 ans.


- Le bonheur n’est pas dans l’accumulation de biens. Buffett est un des hommes les plus riches des États-Unis, mais ça ne paraît pas. Il est resté très simple et il a des goûts décidément modestes: j'ai lu que, chaque matin en allant au bureau, il arrête au guichet service au volant du McDonald’s près de chez lui. Bon an mal an, son petit déjeuner ne lui coûte pas plus de 3,17$!


Bien des gens ont l’impression que pour réussir en Bourse et en investissement, il faut être mieux branché que tout le monde, au fait de tout ce qui se passe dans le monde et, autant que possible, avant tout le monde. L’image que l’on se fait des investisseurs à succès et qui est véhiculée par les médias est que les gens qui réussissent à Wall Street travaillent sans cesse et effectuent des transactions comme on change de chemises – des «wheeler dealers».


Le succès de Buffett démontre au contraire qu’il n’est pas nécessaire d’être branché en permanence pour réussir en Bourse (il n’a pas d’ordinateur sur son bureau!). On peut très bien réussir loin de Wall Street – je dirais même que pour un investisseur à long terme, plus on est loin de Wall Street, plus les chances de réussir augmentent.


Cela me dit aussi qu’il est fort possible pour un investisseur de réussir en Bourse en travaillant à distance. Sur un bateau, à son chalet dans les montagnes, en voyageant, les moyens de communication modernes permettent de très bien suivre ses sociétés et de gérer son portefeuille à distance. S’il est une chose, le fait d’être éloigné (possiblement dans un autre fuseau horaire) atténue probablement la coûteuse tentation de transiger ses titres et incite à investir à long terme. Lorsqu’on investit dans des sociétés de qualité et qu’on les achète à un prix raisonnable, on peut essentiellement les laisser travailler pour nous et les suivre de loin, tout en s’enrichissant.


Voilà le genre de constats qui me viennent à l’esprit après la plus récente assemblée des actionnaires de Berkshire Hathaway.


Philippe Le Blanc, CFA, MBA


COTE 100 possède des actions de Berkshire Hathaway dans divers comptes sous sa gestion.


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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