Voir les choses sous un autre angle pour réussir en Bourse

Publié le 21/09/2018 à 14:40

Voir les choses sous un autre angle pour réussir en Bourse

Publié le 21/09/2018 à 14:40

Photo:123rf

BLOGUE INVITÉ. En écrivant mon blogue de la semaine passée, une idée m’est venue à l’esprit: pour réussir en Bourse, il importe d’être en mesure d’adopter une perspective différente de la plupart des autres investisseurs. Il faut savoir «changer de chaise» pour voir la réalité autrement.


On dit aussi qu’il faut savoir être «contrarian». Mais cela ne veut pas dire qu’il faut systématiquement adopter l’opinion contraire à celle du plus grand nombre. La plupart du temps, le collectif a raison. Il faut plutôt analyser le consensus, sous un angle différent, pour conclure, à l’occasion, que le consensus est potentiellement erroné. C’est précisément ce qui crée les aubaines pour les investisseurs.


Un exemple: comme je le soulignais dans mon blogue de la semaine passée, «La crise, 10 ans plus tard», la majorité des observateurs boursiers soulignent présentement que les marchés ont connu 10 ans de hausse quasi-ininterrompue depuis la crise financière de 2008-2009, laissant sous-entendre que cette situation est anormale et inquiétante. Ils ont raison dans les faits et qui sait, peut-être une correction boursière est-elle sur le point de survenir. Mais en modifiant son point de vue en examinant les rendements de la Bourse sur 20 ans plutôt que sur 10 ans, on se rend compte que les rendements fastes des 10 dernières années comportaient probablement une importante part de rattrapage après une décennie misérable, de 1999 à 2008.


J’estime que cette manière de percevoir le monde boursier, avec des lunettes teintées d’une autre couleur, est essentielle pour l’investisseur qui veut obtenir des rendements supérieurs au marché à long terme. Elle explique à mon avis le succès des meilleurs investisseurs qui ont développé cette capacité d’aller à contre-courant, de voir les choses différemment de la majorité.


Je vous soumets deux exemples qui nous viennent de Warren Buffett et qui démontrent qu’un simple changement dans notre façon de voir les choses peut modifier complètement notre manière d’investir:


- Un titre boursier n’est pas un bout de papier, mais une petite partie d’une véritable société. Cette façon de concevoir une action, même si elle est tout à fait exacte, n’est pas la norme chez les investisseurs. Combien achètent un titre boursier sur la recommandation de leur courtier ou de leur beau-frère? Combien l’achètent dans l’intention de le revendre dans quelques mois, voire quelques jours? À mon avis, rares sont les investisseurs qui prennent réellement le temps d’analyser et de réfléchir avant d’acheter un titre pour le long terme. On devrait pourtant faire ses devoirs avant d’acheter, comme si on achetait une entreprise au complet.


- Un investisseur devrait être confortable avec l’idée que le marché boursier puisse fermer pendant 10 ans. C’est un exemple extrême qui ne se produira probablement jamais, mais il aide l’investisseur à changer de perspective et le force à se concentrer sur les entreprises de qualité dont les activités sont faciles à comprendre, bien protégées de la concurrence, et dont les perspectives à long terme paraissent claires. Pourriez-vous adopter cette perspective avec les titres de votre portefeuille?


La capacité d’adopter une perspective différente de la majorité mène aussi à dénicher des occasions intéressantes en Bourse. Voici deux exemples de titres qui ont été de grands succès pour COTE 100 au cours des dernières années:


- Groupe CGI. Nous avons acquis nos premières actions de cette société en décembre 2008 alors que le titre valait 9,00 $ l’action. À l’époque, les investisseurs ne semblaient pas apprécier le fait que la société affiche une faible croissance organique, sa croissance résultant surtout de sa stratégie de réaliser des acquisitions et de racheter ses propres actions. Le titre de la société, qui s’échangeait alors à moins de 10,0 fois les bénéfices prévus, semblait aussi avoir été entraîné par la chute des titres techno au lendemain de l’éclatement de la bulle du début des années 2000. Pour notre part toutefois, nous ne considérions pas (et c’est encore vrai aujourd’hui) CGI comme une société technologique, mais plutôt comme une société de service dans le domaine technologique.


- Visa. Nous avons acquis des actions de cette société en février 2011 alors que le titre valait moins de 18,00 $ (en tenant compte d’un fractionnement de 4-pour-1 subséquent). À ce moment-là, les investisseurs craignaient que la volonté du gouvernement américain de réduire les frais des transactions de débit puisse nuire à la rentabilité de Visa. Nous estimions alors que «Visa devrait être en mesure de gérer le risque d’une nouvelle réglementation entourant le segment des cartes de débit aux États-Unis. En effet, ce segment représente 19 % de la valeur nominale des transactions effectuées par Visa en 2010.» Pour cette raison, on pouvait tout de même acheter le titre de cette société de qualité à 14,0 fois les bénéfices que nous prévoyions, en tenant compte de l’impact négatif de la réglementation accrue sur les transactions de débit.


Il n’est pas facile de trouver des situations où l’on peut, avec un certain niveau de confort, aller à contre-courant de l’opinion générale. Comme je l’ai déjà dit, l’ensemble des investisseurs a généralement raison. Il n’en reste pas moins que c’est la meilleure façon de réaliser des rendements supérieurs. Pour y arriver, il suffit souvent de changer de chaise, question de voir les choses sous un autre angle.


Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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