Évaluer un actif non productif comme le bitcoin

Publié le 30/11/2018 à 10:03

Évaluer un actif non productif comme le bitcoin

Publié le 30/11/2018 à 10:03

Photo:123RF

BLOGUE INVITÉ. Par curiosité, je ne peux m’empêcher de suivre l’évolution du cours du bitcoin. Avec toute la publicité qu’ont eue les cryptomonnaies au cours des dernières années, inutile d’expliquer ce qu’est un bitcoin.


Je note cependant que l’on ne voit presque plus de publicités dans Internet sur ces cryptomonnaies, alors que nous en étions littéralement submergés il y un an…


Il faut dire que le marché des cryptomonnaies semble avoir perdu beaucoup d’intérêt de la part des spéculateurs. Si je me fie au cours du bitcoin, le marché a connu une correction sévère, ce qui a généralement tendance à refroidir les ardeurs des spéculateurs. Le cours du bitcoin, à environ 3820$ US au moment d'écrire ces lignes, accuse une baisse de près de 60% sur un an. Depuis son sommet historique de 19 870$ US atteint le 17 décembre 2017, bitcoin a perdu plus de 80% de sa valeur.


Qu’est-ce que je ferais si j’étais dans la peau d’un investisseur qui possède des bitcoins?


Je vous avoue que je serais bien embêté.


En effet, le problème fondamental d’un actif tel que bitcoin est qu’il est très difficile, voire impossible, de l’évaluer. Comme l’or, les tableaux ou les voitures de collection, bitcoin et les cryptomonnaies entrent dans la catégorie des actifs non productifs. Ces actifs ne dégagent ni flux de trésorerie, ni bénéfices. Ils ne versent donc pas de dividende, ni d’intérêts. Si un investisseur investit dans bitcoin, ou dans l’or, c’est parce qu’il croit qu’un autre investisseur sera prêt à payer plus cher pour cet actif dans le futur.


En un sens, l’évaluation d’un actif non productif est fondée sur notre prévision de l’offre et la demande future pour cet actif.


En revanche, un investisseur peut aussi investir dans des actifs productifs. La majeure partie des actifs financiers sont productifs. C’est le cas des actions de sociétés en Bourse, des obligations et de l’immobilier résidentiel et commercial (à l’exception peut-être des terrains). L’évaluation de tels actifs est fondée sur les flux de trésorerie libres prévus dans le futur et escomptés à leur valeur d’aujourd’hui.


Il est vrai que l’évaluation des actifs productifs est basée sur des projections qui sont, par définition, imprécises. Dans certains cas, par exemple pour des sociétés en démarrage ou en développement, les prévisions de flux de trésorerie libres futurs sont très aléatoires. Dans d’autres cas, on peut se faire une idée relativement juste des flux futurs et arriver à une évaluation relativement précise – par exemple, une obligation du Canada ou le titre d’un grand «blue chip» dont les activités sont très stables. Il est vrai aussi que les conditions de marché peuvent changer et influer sur les valeurs, par exemple en raison d’une hausse des taux d’intérêt ou d’une désaffection générale pour les actions boursières.


Il reste que, dans l’ensemble, il est beaucoup plus facile d’évaluer un actif productif qu’un actif non productif. Un titre boursier peut corriger fortement, mais éventuellement, s’il baisse suffisamment, il deviendra vraisemblablement une aubaine pour un nombre croissant d’investisseurs qui l’évaluent en fonction de ses bénéfices futurs probables.


Ce n’est pas le cas de bitcoin ou de l’or (quoique dans le cas de l’or, il y a un coût de production qui limite la baisse potentielle de son prix).


Combien vaut bitcoin? Je crois que c’est une question à laquelle personne ne peut répondre. La seule réponse valable est de projeter combien on pense que d’autres investisseurs seront prêts à payer pour cet actif dans le futur. Quelqu’un peut très bien justifier un prix de 500$ US pour bitcoin alors que pour un autre le prix serait de 15000$ US. Dans les deux cas, il serait très difficile de les contredire!


J’ai toujours pensé qu’un investisseur devrait simplifier les choses au maximum en n’investissant que dans les entreprises qu’il comprend bien et qu’il croit pouvoir évaluer avec un certain niveau de certitude. Pour moi, bitcoin et tous les autres actifs non productifs n’entrent pas dans mon cercle de compétence et je crois franchement qu’ils n’entrent pas dans celui de la grande majorité des investisseurs.


Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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