Lassonde: une stratégie de consolidation à copier-coller

Publié le 04/05/2018 à 13:45

Lassonde: une stratégie de consolidation à copier-coller

Publié le 04/05/2018 à 13:45

Image: Les Affaires

Certains facteurs sont essentiels pour qu’une stratégie de consolidation soit un succès à long terme.


Le titre de Lassonde a atteint un sommet historique de plus de 278$ au cours des derniers jours, dans la foulée de l’annonce que l’entreprise acquérait le fabricant de jus américain Old Orchard Brands. Cette acquisition sera payée 150 M$ US en espèces. En 2017, Old Orchard a dégagé des revenus de 103,3 M$ US et des bénéfices d’exploitation (BAIIA) de 15,8 M$, ce qui se traduit par un prix payé équivalant à 9,5 fois les BAIIA.


Il faut dire que la stratégie d’acquisitions mise en place par la direction de Lassonde a fait ses preuves depuis plusieurs années. Ainsi, en juillet 2014, Lassonde avait mis la main sur 90% du producteur de jus américain Adam & Eve, pour la somme de 147,9 M$ US en espèces. Le prix payé correspondait à un multiple de 9,7 fois les BAIIA.


En août 2011, Lassonde avait acquis 70,7% de la société américaine Clement Pappas and Company pour la somme de 400,9 M$ US en espèces. La société avait alors émis 420 000 actions de catégorie A, pour près de 30 M$ CA, afin de financer une partie de cette acquisition majeure.


Ces deux dernières acquisitions ont créé beaucoup de valeur pour les actionnaires de Lassonde. En 2010, année précédant l’acquisition de Clement Pappas, les bénéfices par action de Lassonde s’élevaient à 4,86$. Sept ans plus tard, en 2017, ils ont atteint 11,24$, ce qui représente une croissance annuelle composée de 12,7%, sans compter les dividendes. Pas mal pour une entreprise qui évolue dans un secteur mature où la croissance du marché est à peu près nulle!


Nous affectionnons particulièrement les titres de sociétés telles que Lassonde qui offrent la possibilité de créer de la valeur pour leurs actionnaires en consolidant des marchés fragmentés. À l’instar de Lassonde, plusieurs sociétés québécoises ont adopté une telle stratégie avec beaucoup de succès. Je pense notamment à Couche-Tard, CGI, Saputo, Quincaillerie Richelieu, Stella-Jones et Groupe MTY.


Je crois que certains facteurs sont essentiels pour qu’une stratégie de consolidation soit un succès à long terme. Car il ne faut pas oublier que toute acquisition comporte des risques importants et que plusieurs sont des échecs. Voici donc les critères généraux que j’estime importants dans l’identification d’un consolidateur à succès:


- Le marché est fragmenté et caractérisé par la présence de nombreux joueurs locaux ou régionaux.


- Le consolidateur a fait ses preuves dans le passé. Son équipe de direction a développé une expertise pour acheter à bon prix et pour intégrer ses acquisitions de manière efficace. Elle est en mesure de réaliser rapidement des synergies en intégrant les activités acquises.


- L’acquéreur paye ses acquisitions principalement en espèces et émet de nouvelles actions parcimonieusement.


- La direction est disciplinée et patiente quant au prix qu’elle est prête à payer pour une acquisition.


- Les entreprises acquises oeuvrent dans le même secteur que l’acquéreur, ce qui simplifie grandement leur intégration.


- L’acquéreur dégage des flux de trésorerie libres importants qui lui permettront de rembourser rapidement la dette contractée pour compléter une acquisition. Dans le cas de Lassonde, sa dette nette avait augmenté à 343 M$ à la fin de 2011 après l’acquisition de Clement Pappas. Deux ans plus tard, à la fin de 2013, cette dernière se chiffrait à 249,3 M$ à la faveur de flux de trésorerie libres de quelque 148,8 M$ au cours des exercices 2012 et 2013. C’est ce qui lui a permis d’envisager l’acquisition d’Apple & Eve au cours de l’exercice suivant. Avant d’annoncer sa plus récente acquisition, Lassonde avait réussi à diminuer son endettement net à 157,5 M$.


- Bien souvent, les dirigeants du consolidateur possèdent beaucoup d’actions de leur entreprise, ce qui, à mon avis, les rend plus disciplinés et prudents dans leur stratégie d’acquisition. Dans le cas de Lassonde, les dirigeants possèdent 54,2% des actions. Dans le cas de CGI, c’est 12,2%; pour MTY, c’est 26,3%.


Il n’est pas toujours nécessaire d’investir dans des entreprises oeuvrant dans des industries en forte croissance pour obtenir des rendements attrayants. Dans certains cas, les consolidateurs actifs dans des industries matures peuvent obtenir une croissance rivalisant celle des sociétés de croissance. La beauté est que les titres de ces sociétés s’échangent souvent à des ratios d’évaluation nettement moins élevés que ceux de sociétés de croissance.


Philippe Le Blanc, CFA, MBA


COTE 100 possède des actions de Lassonde, Couche-Tard, CGI et MTY dans divers comptes sous sa gestion.


 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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