Les caractéristiques d'une bulle spéculative

Publié le 28/09/2018 à 15:28

Les caractéristiques d'une bulle spéculative

Publié le 28/09/2018 à 15:28

Photo:123rf

BLOGUE INVITÉ. Après quelque 26 ans dans le domaine de l’investissement boursier, j’ai connu ma part de bulles. À commencer par celle des titres techno à la fin des années 1990, mais aussi la bulle immobilière américaine de 2006-2007. J’ajouterais également qu’il y a eu une bulle dans les années 2000 au Canada, touchant le segment des titres de fiducies de revenu, qui a pris fin lorsque le gouvernement a décidé d’imposer ces sociétés comme des corporations à compter de 2011.


Il est facile de parler de bulles rétrospectivement, après qu’elles aient éclaté, mais combien de gens sont en mesure d’identifier correctement une bulle au moment où elle se produit? Un problème des bulles est qu’elles sont toujours fondées sur de bons arguments. Un autre problème est qu’il est très difficile, voire impossible, de prévoir quand elles éclateront. Comme on l’a vu à la fin des années 1990 avec la bulle techno, une bulle peut durer très longtemps et prendre des années avant de dégonfler.


Quelles sont les conditions qui sous-tendent une bulle? Bien que chacune soit différente, il y a des éléments qui me paraissent récurrents:


- Le sentiment que «cette fois-ci, c’est différent.»


- Un engouement pour une nouvelle technologie ou pour une nouvelle façon de faire les choses. La plupart du temps, les bulles se forment à partir de prémisses rationnelles («l’Internet changera nos vies» ou «les prix des maisons ne peuvent que monter avec le temps») avant d’être emportées par l’engouement et l’enthousiasme créés par les hausses de prix.


- Une belle histoire et un certain mystère. Une bulle fait rêver et fait ressortir ce que John Maynard Keynes a qualifié d’«esprit animal» dans son livre, The General Theory of Employment, Interest and Money, publié en 1936. Incidemment, M. Keynes a vécu la bulle spéculative de la fin des années 1920… ainsi que la Grande Dépression qui a suivi son éclatement en 1929. Pour Keynes, «l’esprit animal» est la tendance qu’ont les humains à agir plutôt qu’à rester inactifs, et à agir en faisant abstraction des probabilités.


- Une bulle, c’est comme un party. Tout le monde veut que ça dure le plus longtemps possible, mais les lendemains ne sont pas toujours agréables! Ça me fait penser à cette citation maintenant célèbre de Chuck Prince, alors qu’il était PDG de Citigroup, en juillet 2007, quelques semaines avant que la bulle immobilière n’éclate et ébranle le système financier: «Lorsque la musique s’arrêtera, en termes de liquidité, les choses se compliqueront. Mais tant que la musique continue, il faut se lever et danser. Nous dansons toujours.»


- Des prix qui augmentent rapidement et le sentiment de manquer le bateau si on n’y participe pas. La peur du regret peut être puissante et elle en pousse plus d’un à acheter dans une bulle. «Oui, mais tout le monde le fait. Mon beau-frère, qui n’y connaît pourtant rien, est en train de s’enrichir avec ça.»


- Une offre restreinte qui provoque un sentiment d’urgence. «Si je ne l’achète pas maintenant, qui sait si je pourrai l’acheter plus tard et surtout, à quel prix.» En revanche, les bulles sont vulnérables à l’augmentation de l’offre qui ne tarde généralement pas à résulter de l’engouement des investisseurs.


- Une difficulté à évaluer l’actif qui fait l’objet de l’engouement. Je me souviens notamment de la bulle techno. Puisque la plupart des sociétés Internet ne faisaient pas de profits (certaines n’avaient pratiquement pas de revenus), certains analystes évaluaient les titres Internet en fonction d’un multiple des dépenses de R et D!


- On ne voit que le potentiel d’appréciation et on a tendance à oublier les risques.


- Ce qui m’amène au dernier point: une évaluation qui devient déconnectée de la réalité économique.


Comme je l’ai dit plus haut, une bulle peut se poursuivre longtemps, bien après que toute logique ait été écartée. En ce sens, il me semble que plus le prix se détache de la réalité économique, plus le potentiel de hausse est élevé. Mais tout actif financier devra un jour ou l’autre être évalué en fonction de sa valeur économique réelle, c’est-à-dire en fonction de ses profits actuels et futurs. Lorsque la bulle éclate, la chute peut être extrême et subite.


J’ajouterais quelques éléments à ceux énumérés plus haut. D’une part, les bulles attirent les promoteurs et la publicité de toutes sortes. Les médias ont aussi tendance à suivre le bal et à en parler abondamment. Soit qu’ils se disent que c’est ce que veulent entendre leurs lecteurs ou… parce que c’est ce qui fait vendre des copies et des publicités.


Ces caractéristiques ayant été énumérées, pouvez-vous identifier une bulle dans le marché boursier actuel?


Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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