Votre portefeuille pourrait-il traverser une véritable guerre commerciale?

Publié le 22/06/2018 à 17:04

Votre portefeuille pourrait-il traverser une véritable guerre commerciale?

Publié le 22/06/2018 à 17:04

BLOGUE INVITÉ. En guise de préambule, je crois que la guerre commerciale qui se dessine sur la scène internationale n’augure rien de bon pour les entreprises et pour l’économie mondiale.


Le concept du commerce international repose sur le fait que ses avantages sont ressentis par la majorité alors que la minorité en subit les conséquences négatives. Logiquement, un recul des conditions favorisant le commerce international devrait avoir l’effet contraire: une poignée de secteurs et d’industries en bénéficieront alors que le collectif écopera.


Mais l’investisseur long terme que je suis ne se laissera pas préoccuper par les mesures et contremesures commerciales décochées chaque jour par les États-Unis, la Chine, l’Union européenne, le Canada et le Mexique. Je continue de croire que, à long terme, la raison prévaudra, même si nous devions passer par quelques années de recul au niveau du commerce international et d’effets néfastes prévisibles sur la croissance économique mondiale. De toute façon, il serait contreproductif de tenter de prévoir la direction que prendront les discussions des dirigeants entourant le commerce international – elle semble changer chaque jour.


Comme pour tout autre facteur de risque, il importe néanmoins de faire une analyse de l’incidence que pourraient avoir les effets d’une guerre commerciale sur son portefeuille et sur les titres qui le composent. C’est un exercice auquel nous nous sommes livrés il y a déjà plusieurs mois chez COTE 100. Voici les grandes lignes de nos conclusions:


- Les sociétés les plus à risque sont probablement les fabricants de biens et de produits industriels car des tarifs peuvent aisément être imposés sur de tels produits. En examinant les quelque 40 titres formant l’ensemble de nos portefeuilles sous gestion, je constate que seulement cinq sociétés sont principalement des fabricants, dont Industries Lassonde, un producteur de jus.


- Mais comment des tarifs pourraient-ils être imposés sur des services? On sait que nos économies, québécoise et canadienne, reposent de plus en plus sur ces derniers et de moins en moins sur la fabrication de biens. Par exemple, une société telle que Groupe CGI (que nous détenons aussi) offre des services de consultation en TI et d’impartition de processus d’affaires. Ses effectifs sont souvent localisés près de ses clients, tant au Canada qu’aux États-Unis qu’en Europe. Il est difficile pour moi de voir comment CGI pourrait être touchée par l’imposition de tarifs commerciaux.


- De plus en plus de sociétés sont des sociétés «virtuelles» – elles n’ont pas réellement d’activités de fabrication (si elles en ont, elles les impartissent généralement à l’étranger) – mais se concentrent sur des activités reposant sur le savoir de leur personnel: la R et D, la commercialisation, le service, etc. Ces entreprises ont développé un modèle d’affaires très flexible pouvant s’adapter rapidement aux conditions changeantes de l’économie. Elles devraient à mon avis être en mesure de s’ajuster aux divers tarifs qui pourraient être imposés.


- Un facteur qui mitige le risque d’une guerre commerciale entre deux pays pour une entreprise est le fait d’avoir des activités dans ces deux pays. Par exemple, Lassonde, citée plus haut, après sa récente acquisition de Old Orchard Brands aux États-Unis, possèdera un réseau de quelque huit usines américaines par rapport à cinq au Canada. De telles entreprises auront selon moi la possibilité de s’ajuster graduellement aux éventuels tarifs touchant leurs produits en transférant la production d’une usine à l’autre. Des cinq sociétés de nos portefeuilles impliquées dans la fabrication de biens, toutes ont des usines localisées dans plusieurs pays, pas seulement au Canada.


- Même si les produits fabriqués par une société ne sont pas touchés directement par des tarifs, les matériaux qui entrent dans leur fabrication peuvent très bien l’être. Ainsi, si vous fabriquez au Québec des équipements agricoles qui sont en grande partie exportés vers les États-Unis, le coût de vos produits a probablement augmenté sensiblement en raison des tarifs récemment imposés par les États-Unis sur l’acier et l’aluminium.


- Le secteur du transport et de la logistique pourrait être affecté négativement. Les tarifs visent à réduire l’importation de biens fabriqués à l’étranger; il faut donc s’attendre à ce qu’ils aient un impact négatif sur la quantité de marchandises transportées au-delà des frontières. Dans nos portefeuilles, Canadien National pourrait être affectée négativement puisqu’elle transporte de grandes quantités de biens du Canada vers les États-Unis.


- Advenant l’imposition de tarifs américains, il est probable que le dollar canadien subisse une baisse par rapport au dollar américain, ce qui réduirait l’impact négatif des tarifs pour les sociétés canadiennes.


- L’imposition de tarifs se répercuterait par une hausse généralisée des coûts des produits de consommation et industriels. Certaines entreprises auront la capacité de refiler ces hausses à leurs clients sans trop de problèmes (c’est ce genre de sociétés que nous recherchons dans nos portefeuilles) alors que d’autres pourront difficilement le faire et verront donc leurs marges bénéficiaires écoper.


Une guerre commerciale aurait certainement un impact négatif à moyen terme sur l’économie mondiale. En ce sens, rares sont à mon avis les entreprises qui ne seront pas du tout affectées par l’imposition de tarifs. De toute évidence, toutes les sociétés ne seront pas affectées également. Une analyse des sociétés de votre portefeuille vous donnera probablement une idée du risque lié à une éventuelle guerre commerciale. À moins que vous déceliez un risque substantiel, la meilleure chose à faire est probablement de ne rien faire et de laisser la tempête passer.


Philippe Le Blanc, MBA, CFA 

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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