Imagia: détecter et prédire les cancers

Offert par Les Affaires


Édition du 20 Octobre 2018

Imagia: détecter et prédire les cancers

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Édition du 20 Octobre 2018

Nom des fondateurs : Alexandre Le Bouthillier et Nicolas Chapados
Âge : La quarantaine
Année de création : 2014
Investisseurs principaux : BDC et Fidelity Investments
Total du financement obtenu : non dévoilée (série B)


«J'espère que vous ne serez jamais client de nos produits.» Une phrase paradoxale dans la bouche d'un entrepreneur... sauf quand on se spécialise dans le secteur du diagnostic et de la prédiction de cancers.


C'est le cas d'Alexandre Le Bouthillier, le cofondateur d'Imagia, une jeune entreprise montréalaise d'une quarantaine d'employés qui se sert de l'intelligence artificielle pour accélérer les diagnostics en oncologie. Par exemple, lors d'une coloscopie, son logiciel analyse les images pour déterminer en temps réel si les polypes affichés sont bénins ou malins.


Cette méthode permet de passer du dépistage au diagnostic plus rapidement, le temps étant un enjeu clé dans le traitement d'un cancer. Mais aussi de faire des économies non négligeables : «Sur les 25 millions d'endoscopies effectuées chaque année en Amérique du Nord, l'analyse de polypes bénins représente 1 G $», relate M. Le Bouthillier.


L'objectif n'est donc pas de remplacer le médecin, mais bien de l'aider dans sa pratique. «On ne trouvait pas normal qu'un spécialiste puisse se rendre à l'hôpital avec une Tesla qui se conduit toute seule, mais qu'il n'ait aucune assistance lorsqu'il fait des interventions sur des patients, alors qu'on parle de vie ou de mort», précise Nicolas Chapados, cofondateur de l'entreprise.


La complexité des données brutes


Les résultats sont déjà significatifs, affichant plus de 94 % de concordance entre le modèle d'Imagia et la pathologie. «C'est le taux de performance des meilleurs gastroentérologues au monde, sachant que la pathologie n'est pas sans erreur non plus», certifie M. Chapados.


Pour arriver à un tel degré de fiabilité, Imagia a dû résoudre un problème de taille : la complexité des données brutes. «Les données des hôpitaux sont liées à chaque patient, mais ne sont pas assemblées selon des conditions communes», explique M. Chapados. Donc pour entraîner son modèle d'intelligence artificielle de détection, Imagia a développé une autre intelligence artificielle sémantique, de classification. Cette dernière fait, en quelque sorte, de l'étiquetage automatique de données.


Et comme en apprentissage profond, plus il y a de données, meilleurs sont les modèles. Imagia a donc construit un réseau interhôpitaux, appelé plateforme de découverte, afin d'améliorer l'entraînement de son logiciel. La liste des établissements partenaires dans le monde sera dévoilée d'ici la fin de l'année.


Le cancer de son père comme déclencheur


Malgré une mère infirmière, rien ne prédestinait pourtant Alexandre Le Bouthillier à lancer une entreprise dans le domaine de la santé. Titulaire d'un doctorat en informatique de l'Université de Montréal, au même titre que Nicolas Chapados, qu'il rencontre à ce moment, il commence sa carrière en tant que consultant à son compte, avant de cofonder une start-up dans l'optimisation des horaires de personnel, Planora. Avec d'ailleurs un certain Jean-François Gagné, aujourd'hui fondateur d'Element AI.


En 2012, Planora est vendue à l'américaine RedPrairie, devenue depuis JDA Software. Le montant ne filtre pas, mais il permet néanmoins à M. Le Bouthillier de prendre sa retraite très tôt dans la vie. Il part en Europe, profite de la vie... mais cela ne dure qu'un temps. «J'avais toujours ce désir de reconstruire quelque chose et de me sentir utile», admet-il.


Avec son ami Nicolas Chapados et leur ancien professeur Yoshua Bengio, pionnier de l'apprentissage profond, dont ils sont restés très proches, ils explorent différentes idées d'entreprise autour de l'intelligence artificielle. Le sort décidera finalement pour eux.


À l'été 2014, Alexandre apprend que son père, un grand auteur acadien décoré de l'Ordre du Canada, est atteint d'un cancer du pancréas, auquel il succombera deux ans plus tard. Le déclic. «À l'époque, l'intelligence artificielle dans la santé était un terrain complètement vierge, mais avec autant d'occasions que d'incertitudes, notamment en ce qui concerne la faisabilité technique et réglementaire», se souvient M. Chapados.


N'ayant pas d'expertise dans la santé, ils font appel à Frédéric Francis, le fondateur d'une start-up médicale montréalaise achetée en 2000 par un géant suédois, qui devient PDG d'Imagia. Puis, ils rachètent une petite entreprise de Granby qui développe des logiciels d'imagerie médicale. Après un premier produit de coloscopie virtuelle, Imagia espère obtenir l'approbation des autorités pour en commercialiser un deuxième, lié à la coloscopie optique, d'ici 2019.



Pourquoi ils y croient


«BDC Capital a choisi d'investir dans Imagia en premier lieu pour la qualité de son équipe. Ses scientifiques sont de classe mondiale et ses dirigeants sont des entrepreneurs d'expérience qui ont l'ambition de faire d'Imagia un joueur mondial. De plus, elle compte des sommités parmi ses conseillers, comme le chercheur en intelligence artificielle Yoshua Bengio.»


- Jérôme Nycz, vice-président exécutif chez BDC Capital


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