Le conflit entre la Turquie et les États-Unis en 6 points

Publié le 10/08/2018 à 12:16

Le conflit entre la Turquie et les États-Unis en 6 points

Publié le 10/08/2018 à 12:16

Par AFP

[Photo: 123rf.com]

Les tensions entre Washington et Ankara ont franchi un nouveau palier vendredi avec l’annonce par le président américain Donald Trump d’une forte augmentation des droits de douane sur l’acier et l’aluminium importés de Turquie aux États-Unis.


La livre turque, en chute libre depuis le début de l’année, a perdu le même jour jusqu’à 24 % de sa valeur face au dollar part rapport à jeudi à 17H00. 


Cet épisode fait suite à deux années de relations tendues entre ces deux pays alliés au sein de l’OTAN.


Voici les principaux sujets qui les divisent :


Fethullah Gülen


La présence aux États-Unis depuis 1999 du prédicateur turc Fethullah Gülen est probablement le principal objet de la colère d’Ankara.


La Turquie accuse en effet cet ancien allié du président Recep Tayyip Erdogan d’avoir fomenté le putsch manqué du 15 juillet 2016 et traque depuis sans relâche ses partisans. 


Ankara a demandé à plusieurs reprises l’extradition de M. Gülen, qui dément toute implication dans le coup d’État avorté.


Mais à ce jour, ces demandes sont restées lettre morte. « La question est : y a-t-il des preuves suffisamment claires de l’implication personnelle de Fethullah Gülen ? », a dit fin juillet un haut responsable américain.


Américains détenus en Turquie


La détention pendant un an et demi, suivie du placement en résidence surveillée la semaine dernière, d’un pasteur américain, Andrew Brunson, a été l’affaire qui a fait éclater la crise actuelle entre Ankara et Washington.


M. Brunson, qui dirigeait une église protestante à Izmir, une ville turque sur la mer Égée, est accusé d’espionnage et d’avoir agi pour le compte du réseau de Fethullah Gülen, mais aussi pour le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ces deux organisations sont considérées comme terroristes par la Turquie.


C’est en appelant à sa libération immédiate que Washington a menacé la Turquie de sanctions, avant de mettre cette menace à exécution dès le 1er août.


Outre M. Brunson, deux employés locaux des missions américaines en Turquie sont en détention, et un autre en résidence surveillée. 


Le procès Halkbank


En mai, Mehmet Hakan Atilla, l’ex-directeur général adjoint de la banque publique turque Halkbank, a été condamné par un tribunal américain à 32 mois d’emprisonnement pour fraude bancaire et conspiration dans une affaire qui porte sur des milliards de dollars. 


Il a fait appel et Ankara a vivement protesté après sa condamnation.


En outre, une amende colossale pourrait être infligée à Halkbank, une perspective qui inquiète le pouvoir turc.


Un homme d’affaires turco-iranien, Reza Zarrab, est au cœur de cette affaire explosive. Au cours du procès, il a impliqué le président Erdogan et des ministres du gouvernement turc. 


Ankara a qualifié ce procès de « complot » manigancé par Fethullah Gülen.


Les milices kurdes en Syrie


La Turquie ne cesse de reprocher aux États-Unis le soutien apporté en Syrie aux Unités de protection du peuple kurde (YPG) pour lutter contre le groupe Etat islamique (EI).


Ankara voit en effet dans cette milice une émanation du PKK, classé « terroriste » par la Turquie, mais aussi les États-Unis.


Après une première offensive en 2016 ayant visé les combattants kurdes et les jihadistes, la Turquie a déclenché cette année une opération pour déloger les YPG de l’enclave syrienne d’Afrine. 


Elle a menacé d’étendre cette offensive vers Minbej où sont basés des soldats américains. Mais Ankara et Washington se sont accordés sur une « feuille de route » prévoyant le retrait des YPG de Minbej et l’instauration de patrouilles communes.


La Turquie a assuré en début de semaine que cet accord ne serait pas affecté par les tensions actuelles.


« Je ne vois pas comment (cette feuille de route) pourrait fonctionner avec les sanctions imposées à la Turquie », estime toutefois Asli Aydintasbas, une chercheuse à l’European Council on Foreign Relations.


Le rapprochement entre Ankara et Moscou


Ankara et Moscou coopèrent étroitement sur le dossier syrien, mais le principal sujet d’inquiétude pour Washington est l’accord conclu en vue de l’achat par la Turquie de systèmes de défense antiaérienne russe S-400, incompatibles avec les systèmes de défense de l’OTAN.


Le Congrès américain a voté début août un budget interdisant au Pentagone de remettre à la Turquie le moindre avion de combat F-35 tant qu’Ankara ne se serait pas engagé à ne pas finaliser ses négociations sur l’achat de S-400.


La base d’Incirlik


Dès le début de la crise avec les États-Unis, début août, des éditorialistes proches d’Ankara ont appelé à « fermer » la base aérienne d’Incirlik, située dans le sud de la Turquie et utilisée par les États-Unis pour frapper les jihadistes en Syrie.


Plusieurs engins nucléaires sont notamment déployés sur cette base turque qui a été ouverte il y a plus d’un demi-siècle et qui est également utilisée par l’OTAN.


Les Britanniques y ont des avions de chasse et les Allemands, qui y étaient aussi présents, en ont retiré leurs appareils et leurs hommes l’an dernier après une dégradation des relations entre Berlin et Ankara.


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