Entrevue PLQ: freiner l'immigration est «antiéconomique», dénonce Philippe Couillard

Publié le 12/09/2018 à 07:55

Entrevue PLQ: freiner l'immigration est «antiéconomique», dénonce Philippe Couillard

Publié le 12/09/2018 à 07:55

Par Stéphane Rolland

Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard [Photo: courtoisie]

CONSULTER LE CADRE FINANCIER DU PLQ


Le principal défi des entreprises est la pénurie de main-d’œuvre et le plan du Parti libéral du Québec (PLQ) est le seul qui permettra d’aider les employeurs à affronter le manque de travailleurs, plaide son chef Philippe Couillard, en entrevue avec Les Affaires. Réduire le nombre d’immigrants ne ferait qu’aggraver les choses, prévient-il.


«Est-ce qu’il est logique de proposer de réduire le nombre de travailleurs qui viennent d’ailleurs? C’est non seulement absurde, c’est antiéconomique. C’est une des pires mesures économiques qui ait été présentée récemment», fait-il valoir en entrevue dans l'autocar de campagne du PLQ.


Près de 110 000 postes sont restés vacants au Québec au deuxième trimestre de l’année 2018, selon des données de la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI). Sur le terrain, M. Couillard dit voir les effets concrets de cette statistique. «On est rendu à un point si critique, que la pénurie touche les travailleurs spécialisés et non spécialisés. Les manœuvres d’usines sont en demande partout. Vous avez de petits commerces de détail qui ne sont pas capables de commencer leur journée [car il n’y a pas d’employés]. De voir un parti politique qui ne juge pas cette question essentielle, moi, je ne comprends pas», dit-il sans nommer directement ses opposants.


Un débat sur l’intégration


La Coalition avenir Québec (CAQ) veut réduire le seuil d’immigration de 50 000 à 40 000 personnes. Son chef François Legault affirme qu’il faut diminuer ce nombre pour «mieux réussir» leur intégration. Le Parti québécois (PQ), pour sa part, demandera à la Vérificatrice générale de formuler une recommandation quant à la capacité d’accueil de la société québécoise, mais Jean-François Lisée a évoqué une fourchette allant de 28 000 à 40 000 personnes. Chez Québec solidaire, on déplore que le débat sur le nombre d’immigrants et leur apport au marché du travail déshumanise les gens qui ont décidé de s’établir au Québec.


M. Couillard se défend d’avoir négligé l’intégration des immigrants et souligne les mesures que prévoit son programme. Le parti veut déployer près de 135 M$ sur cinq ans pour soutenir l’intégration, notamment en encourageant la francisation en entreprise et en aidant les municipalités à mieux planifier l’immigration économique.


Bien que centrale, l’immigration n’est pas la seule solution à la pénurie de main-d’œuvre. La formation et l’automatisation en font partie, ajoute le chef libéral. Le PLQ veut aussi encourager les aînés qui souhaitent demeurer plus longtemps sur le marché du travail à le faire. Il promet également de bonifier le crédit d’impôt pour les travailleurs d’expérience et de permettre aux travailleurs qui restent plus longtemps sur le marché de travail de reporter leurs rentes de Retraite Québec jusqu’à 75 ans en échange de prestations plus généreuses.


Finances publiques: pas d’autres choix possibles à l’époque


En entrevue, M. Couillard se targue d’avoir rétabli la santé des finances publiques, ce qui a contribué à augmenter la confiance des entreprises, selon lui. Il rejette les critiques de ses trois principaux adversaires, qui jugent que l’atteinte de l’équilibre s’est fait au détriment des services à la population en santé et en éducation. «On n’a pas coupé, on a ralenti la croissance des dépenses budgétaires. On n'a jamais diminué le poids des dépenses publiques par rapport au PIB en bas de sa moyenne historique. La soi-disant austérité, elle n’a jamais existé au Québec. »


Certains soutiennent que le gouvernement a été trop agressif dans sa quête de l’équilibre budgétaire pour ensuite redistribuer «des cadeaux» sous forme de baisses d’impôts et de promesses de nouvelles dépenses électorales .


Philippe Couillard se défend d'avoir agi stratégiquement au plan politique.


«Écoutez, on était 7 milliards dans le trou (au moment de prendre le pouvoir), les gens oublient vite, insiste-t-il. C’est majeur comme impasse budgétaire. On était à la veille d’être décoté. Une des premières choses que j’ai dû faire est de téléphoner aux dirigeants des agences de crédit pour leur demander de nous faire confiance, qu’on rétablirait l’équilibre budgétaire. Si on avait été décoté, ça aurait été catastrophique pour les finances publiques du Québec. C’est des centaines de millions de plus en paiement d’intérêt.»


D’autres baisses d’impôt?


S’il obtient un deuxième mandat, M. Couillard priorisera les investissements publics avant d’annoncer de nouvelles baisses d’impôt. Elles seraient accordées «seulement» s’il reste une marge de manœuvre supplémentaire après l’adoption des promesses faites en campagne. Il existe quelques mesures ciblées comme la promesse d’accorder un montant de 150$ à 300$ par enfant pour chaque famille.


Si aucune baisse d’impôt pour les entreprises n’a été annoncée en campagne, c’est que l’annonce a été faite juste avant celle-ci, nuance M. Couillard. Le gouvernement a annoncé un bouquet de mesures totalisant 863 M$ sur cinq ans pour contrer la guerre tarifaire. Parmi celles-ci on compte un devancement de la réduction de la cotisation au Fonds de service de santé sur la masse salariale (263 M$) ainsi qu’une bonification du crédit d’impôt à l’investissement (340 M$).


Manon Massé, de Québec solidaire


François Legault, de la Coalition avenir Québec


Jean-François Lisée, du Parti québécois.


 


 


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