Baisse inquiétante de l'entrepreneuriat au Québec

Offert par Les Affaires


Édition du 30 Juin 2018

Baisse inquiétante de l'entrepreneuriat au Québec

Offert par Les Affaires


Édition du 30 Juin 2018

Par Pierre Cléroux

Les plus jeunes entreprises poussent parfois celles qui sont plus matures à innover pour rester compétitives. [Photo: 123RF]

L'entrepreneuriat et la création d'entreprises sont en baisse au Québec. La situation est d'autant plus inquiétante qu'il s'agit d'une tendance qui s'observe depuis plus d'une dizaine d'années. Or, l'économie québécoise a besoin de nouvelles entreprises pour demeurer dynamique.


L'indice BDC montre en effet que le rythme de l'activité entrepreneuriale ne cesse de ralentir, et ce, tant au Québec qu'ailleurs au pays. Cet indicateur, qui évalue la proportion de la population active québécoise devenue travailleur indépendant et ayant embauché au moins un employé, a en effet chuté de près de 0,3 % en 2005 à 0,1 % l'an dernier. D'autres données semblent indiquer le contraire. Dans la plupart des cas, il s'agit toutefois de sondages qui évaluent également les aspirations à devenir entrepreneur. Entre vouloir lancer sa propre entreprise et le faire véritablement, il y a donc un pas que plusieurs ne réussissent pas encore à franchir.



Cette forte baisse de l'indice entrepreneurial s'explique en bonne partie par l'important vieillissement de la population. Le dernier recensement nous révélait que, pour la première fois de l'histoire, les aînés canadiens sont aujourd'hui plus nombreux que les jeunes. Or, le vieillissement continuera à s'accélérer au fur et à mesure que les baby-boomers atteindront 65 ans, et ce n'est évidemment pas à cet âge qu'on se lance en affaires !


Autre facteur : la diminution importante de l'intensité entrepreneuriale chez les 25 à 45 ans, cette cohorte qui est généralement plus encline à devenir entrepreneure. L'indice entrepreneurial dans ce groupe d'âge, qui s'élevait à plus de 0,4 % de la population active tout juste avant la récession en 2007, a fortement dégringolé à 0,1 % en 2017.


Si la récession et la lente reprise économique ne constituaient sans doute pas un terreau fertile pour l'entrepreneuriat, il semble que la bonne tenue de l'économie soit maintenant un frein à se lancer en affaires. Avec un marché du travail en pleine effervescence, comme en témoigne des taux de chômage qui ont récemment atteint un plancher historique, et le quasi-plein emploi, les travailleurs ayant un bon travail bien rémunéré ont ainsi moins intérêt à devenir entrepreneur. Par ailleurs, le taux élevé d'endettement des étudiants qui entrent sur le marché du travail serait un autre élément dissuasif.


Valoriser l'entrepreneuriat


Il est toutefois important de renverser la tendance. Le rythme auquel les entrepreneurs créent de nouvelles entreprises est un indicateur clé du dynamisme économique au sein d'un pays et un important moteur de création d'emplois et d'innovation.


Les nouvelles entreprises voient généralement le jour en lançant de nouveaux produits ou services, parfois même dans de nouveaux créneaux d'activité comme le montrent de nombreuses start-up qui réussissent rapidement à faire leur marque à l'international. Les plus jeunes entreprises poussent même celles qui sont plus matures à innover pour rester compétitives.


Il importe donc de valoriser encore davantage l'entrepreneuriat. Un peu partout au Québec, des écoles secondaires offrent désormais des cours sur le sujet ou encore sur le développement de projets d'entreprises dans le cadre d'activités parascolaires. Même si l'entrepreneuriat n'est pas à la portée de tout le monde, il faut néanmoins le présenter comme un choix de carrière valable et intéressant.


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Pierre Cléroux est vice-président, Recherche et économiste en chef de la Banque de développement du Canada (BDC).

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