La pénurie de main-d'oeuvre nuit à la santé économique du Québec

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Juin 2018

La pénurie de main-d'oeuvre nuit à la santé économique du Québec

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Juin 2018

Par François Normand

Le capital humain sera au coeur de notre prospérité collective, confirme un indice du cabinet-conseil PwC. Or, ce moteur économique est compromis par une grave pénurie de main-d'oeuvre qui touche la plupart des entreprises, surtout en région.


Le bureau montréalais de PwC publie une mise à jour de son indice, alors que le gouvernement libéral vient de dévoiler sa stratégie pour tenter de pallier la pénurie de main-d'oeuvre en faisant travailler davantage les personnes âgées et les immigrants. En entrevue, les représentants de PwC ont toutefois refusé de commenter cette stratégie.


Alain Robichaud, associé chez PwC, est l'instigateur de l'Indice de santé de l'économie du Québec. « Notre indice est unique », dit-il. Pour le concevoir, il a collaboré avec l'économiste François Delorme, de l'Université de Sherbrooke, de même qu'avec un panel de huit économistes experts. Selon lui, plusieurs indices mesurent la santé économique du Québec, mais ils ont souvent la caractéristique d'être à « trop courte vue et trop restrictive par rapport à l'économie ».


26 variables, 4 blocs, 36 ans de perspective


L'indice est composé de 26 variables qui sont regroupées en quatre blocs thématiques : la démographie industrielle, l'investissement, la croissance et le capital humain. Il est aussi à très long terme, car il couvre la période s'étendant de 1980 à 2016.


L'année 1980 représente l'année de référence, soit la base 100. Depuis 36 ans, l'indice s'est apprécié de 23,17 %, notamment en raison du capital humain.


À lui seul, le capital humain représente le tiers de la progression de l'indice économique de 1980 à 2016. « C'est sûr que l'éducation demeure un moteur économique au Québec », souligne Sonia Boisvert, associée chez PwC et leader de ce projet d'indice.


Trois variables contribuent à plus de 60 % du renforcement de la santé économique du Québec, dont le taux de diplomation postsecondaire (les deux autres sont les dépenses en R-D et le PIB/la population des 15 à 64 ans).


Pierre Fortin, professeur émérite d'économie à l'ESG UQAM et l'un des économistes consultés par PwC, salue la nouvelle stratégie des libéraux pour compenser la pénurie de main-d'oeuvre en faisant davantage pour les personnes âgées et les immigrants. « La stratégie ressemble aux propositions que les entreprises ont faites au gouvernement depuis plusieurs années », dit M. Fortin.


Un nouvel apport en main-d'oeuvre est important, mais il ne sera pas suffisant pour renforcer le capital humain au Québec, estime PwC. Il faudra nécessairement que les entreprises québécoises augmentent leur productivité. Sur ce plan, bonne nouvelle : elles l'ont augmentée de 2,1 % en 2017, soit un degré plus élevé que l'Ontario, à 1,9 %, selon Statistique Canada.


Cela dit, à long terme (entre 1981 et 2016), la progression de la productivité au Québec traîne la patte par rapport à la moyenne canadienne et aux principaux pays industrialisés, selon le bilan 2017 du Centre sur la productivité et la prospérité à HEC Montréal. Ainsi, la productivité, au Québec, a progressé en moyenne de 0,9 % par année sur cette période, comparativement à 1,2 % au Canada, à 1,5 % aux États-Unis ou à 3,9 % en Irlande.


Selon M. Fortin, les entreprises doivent miser davantage sur l'expertise de leurs employés pour être plus efficaces. « La littérature économique mondiale montre qu'au sein des grandes entreprises, deux tiers des gains de productivité proviennent des idées proposées par leurs propres employés, dans les usines et dans les bureaux », dit-il.


Pour sa part, Benoit Dostie, professeur au département d'économie appliquée à HEC Montréal, estime qu'il faut favoriser davantage la formation continue dans les entreprises afin de renforcer le capital. « Nous vivons à une époque où les compétences deviennent obsolètes rapidement. Il faut donc être dans un mode d'apprentissage sur une base permanente », dit-il. À ses yeux, les entreprises doivent dépenser plus que le 1 % de leur masse salariale prescrit par la loi québécoise. Elles auraient aussi tout intérêt à offrir beaucoup plus de formation à l'interne en embauchant des formateurs.


Garder et fidéliser ses employés


Augmenter la productivité et mieux former la main-d'oeuvre est une chose, la garder et la fidéliser en est une autre, affirment les spécialistes.


La Coop fédérée, la quatorzième plus grande entreprise du Québec, présente dans les secteurs agricole, du détail et de la transformation des viandes, mise sur la réponse aux besoins de ses employés pour garder les talents, et ce, peu importe leur âge. « Pour les garder, on mise sur la flexibilité, la transition graduelle à la retraite, le travail à distance, et un environnement de travail le fun », souligne la vice-présidente principale aux ressources humaines, Isabelle Leclerc.


L'agence de publicité lg2 mise, de son côté, sur un environnement éclaté et stimulant pour attirer et garder les employés, à commencer par l'« edutainment », soit un mélange d'éducation et de divertissement (entertainment). L'entreprise envoie notamment ses employés assister à des événements créatifs comme le South by Southwest (un ensemble de festivals de musique, de cinéma et de médias interactifs) au Texas. « On y envoie un groupe de personnes pour prendre une bonne douche d'inspiration », explique Mélanie Plante, directrice, Culture et talents chez lg2.


Pour les entreprises manufacturières en région, comme Groupe Lacasse, un fabricant de mobilier de bureau de Saint-Pie (au sud de Saint-Hyacinthe), le renforcement du capital humain passe en grande partie par l'immigration et la bonification des salaires. Son président, Sylvain Garneau, estime qu'il faut une meilleure répartition des immigrants entre les régions du Québec. « On pourrait imaginer une formule où la moitié des nouveaux arrivants s'établirait à Montréal et l'autre moitié en région », dit-il. Actuellement, la moitié des employés immigrants chez Groupe Lacasse s'établissent dans la région de Saint-Hyacinthe. L'autre moitié fait toutefois l'aller-retour matin et soir entre la métropole et Saint-Pie.


La Ville de Montréal a aussi beaucoup réfléchi au renforcement du capital humain dans son organisation et dans l'ensemble des entreprises dans la métropole, entre autres dans sa récente Stratégie de développement économique 2018-2022. L'immigration est aussi un enjeu pour l'administration Plante, souligne le conseiller Robert Beaudry, responsable du développement économique et membre du comité exécutif. « La stratégie de la main-d'oeuvre du gouvernement du Québec est un bon départ, mais il faut avoir une meilleure intégration des immigrants », précise-t-il. Sa collègue Valérie Poulin, chef de l'intelligence économique à la Ville de Montréal, souligne que le taux d'emplois chez les immigrants est inférieur à celui de l'ensemble des Montréalais.



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